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Dossier Investissements 2019 : une année de consolidation

L’usine de Schreiber à Cléry-le-Petit (55) s’étend sur plus de 9 000 m2.THEBAULT Ingénierie-groupe IDEC

Cette année, les industriels prévoient d’augmenter de 4 % leurs investissements dans les sites de production. L’accroissement des capacités et le renouvellement des matériels restent prioritaires, quand les projets liés à l’innovation reculent encore.

Le secteur de l’agroalimentaire français prévoit d’augmenter ses investissements industriels de 3,8 % en 2019, d’après un échantillon de 334 sites issus de l’Observatoire national des entreprises agroalimentaires RIA. Interrogés par l’Insee en janvier 2019, les chefs d’entreprise des IAA anticipaient déjà une progression de six points de ces dépenses d’investissement, doublant ainsi leurs prévisions d’octobre 2018.

Les carnets de commandes des ingénieries restent, eux, bien remplis. Interrogés par RIA, les cabinets spécialisés anticipent une croissance à deux chiffres du nombre des chantiers qui leur sont confiés. Faut-il voir là une conséquence tangible du dénouement des états généraux de l’alimentation ? Ou bien, plus simplement, un effet d’aubaine du renouvellement des mesures de suramortis­sement ? Quoi qu’il en soit, cette tendance positive vient conforter des investissements 2018 déjà bien orientés.

En comparant les investissements conduits à terme l’an dernier avec les budgets annoncés, l’évolution ressort positive à + 4,4 %, selon l’Observatoire RIA. Elle est en progression de 1,2 % quand on les compare à ceux concrétisés un an plus tôt, en 2017.

En se penchant plus précisément sur la destination des projets 2019, il apparaît cependant que le secteur se distingue du reste de l’industrie manufacturière. En effet, l’augmentation des capacités de production draine le tiers des montants, soit le double de la part qu’y consacre l’industrie dans son ensemble. À l’inverse, l’introduction de nouveaux produits et les autres projets, tels que ceux liés à la sécurité, aux conditions de travail ou à l’environnement, sont deux fois moins financés que dans l’industrie.

Des marges dégradées

Par rapport à notre enquête de 2018, la part du budget consacrée au renouvellement s’est alignée sur les standards industriels, tout comme celle dédiée à la modernisation et à la rationalisation. Or, d’après une enquête conduite par le cabinet GMV Conseil, « la modernisation de l’outil de production est la seconde priorité des entreprises de l’industrie agroalimentaire, après le développement de l’activité commerciale et devant l’innovation », souligne Stéphane Dahmani, directeur économie à l’Ania. Cela laisserait à penser que les chefs d’entreprise hiérarchisent drastiquement leurs projets, privilégiant les opérations vraiment indispensables à la survie de leur société. Quitte à reporter ceux qui pourraient générer la croissance de demain.

Cette fragilité est également soulignée par l’Observatoire économique et financier du Crédit Agricole, qui déplore le vieillissement des outils. Il serait lié à un sous-investissement chronique depuis plusieurs années. « Un quart des outils d’abattage, de transformation de légumes et de meunerie auraient un ratio d’amortissement supérieur à 80 %, susceptible d’altérer leur efficacité industrielle », soulignent les experts du banquier, cités par l’Ania. Parallèlement, la rentabilité structurellement faible de certains métiers de la première transformation (abattage et découpe) placerait de nombreux acteurs dans une spirale récessive (baisse d’activité et de rentabilité, sous-investissement chronique, perte de compétitivité…).

Cette orientation serait la conséquence directe de la pression commerciale qui continue de pressurer le secteur. « En trois ans, la filière a vu sa marge se réduire de huit points, conséquence directe de la guerre des prix à laquelle se livrent les grandes surfaces », s’alarme Richard Girardot, président de l’Ania.

La faiblesse des marges générées pèse en effet doublement sur les indus­triels, en réduisant leurs capacités financières immédiates et en rendant toujours plus hasardeux les retours sur investissement des projets innovants. Pour preuve, le poids moyen des innovations dans le chiffre d’affaires des IAA serait ainsi passé en moyenne de 3 % à 2,5 % entre 2014 et 2018, d’après Nielsen.

À la recherche du bon candidat

L’enquête annuelle RIA est aussi l’occasion de faire un point sur l’emploi et les perspectives d’embauche. Les trois quarts de notre échantillon prévoit de recruter des nouveaux salariés. En 2018, il a aussi vu ses effectifs progresser de plus de 2 %. Sans contexte, les entreprises participantes à notre étude font partie des plus dynamiques. Selon l’Ania, le secteur a créé 0,7 % d’emplois directs l’an dernier.

Parmi les talents recherchés cette année, les profils commerciaux ont le vent en poupe, tout comme l’encadrement intermédiaire, toujours très demandé. « Près de la moitié des établissements ont rencontré au moins une difficulté au moment du recrutement l’an dernier », s’inquiète Stéphane Dahmani, citant l’Enquête nationale sur les recrutements au sein du secteur alimentaire (GMV Conseil). Le secteur peine à susciter les vocations : 65 % ont eu très peu de candidatures et 47 %, des candidatures insatisfaisantes. C’est aussi sur le terrain des compétences que l’avenir se jouera.

Dossier réalisé par François Biaggini
avec Évelyne Royer

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Enquête RIA : une photographie de plus de 440 projets

Rendez-vous annuel depuis bientôt trois décennies, ce dossier est dédié aux investissements industriels dans l’agroalimentaire. Il est fondé sur les résultats d’une enquête annuelle exclusive conduite par la rédaction. La collecte des informations a été réalisée au premier trimestre 2019, par courrier et mail, auprès des sièges sociaux et des sites de production.

Nous présentons les projets d’investissement de plus de 440 sites industriels. Ils représentent un montant cumulé global de 1,7 milliard d’euros, certains projets étant annoncés pour plusieurs années.

Pour chacun des huit secteurs d’activité présentés (produits carnés, charcuterie-traiteur, produits laitiers, BVP, épicerie, boissons…), un tableau détaille ces investissements à venir (montant et/ou description), tout en rappelant les montants investis et/ou annoncés l’an dernier, site par site. Un tableau de bord synthétique permet d’en pointer les grandes lignes en comparant l’évolution de l’investissement moyen par site.

Sans avoir la prétention de se substituer à des statistiques exhaustives, ou encore moins officielles, les indicateurs présentés visent seulement à dégager des tendances.

Contact : François Biaggini (01 40 22 79 61, f.biaggini@gfa.fr).

De nombreux projets à plusieurs dizaines de millions d’euros

Groupe Sill à Landivisiau (29) : 85 M€. Construction d’un site de production de poudre laitière opérationnel en 2021.

L’Abeille (LSDH) à Cholet (49) : 70 M€. Nouveau site de 50 000 m² en périphérie de la ville, prévu pour 2020 : conditionnement de sodas, lait, boissons plates, jus de fruits.

Mars Chocolat France à Haguenau (67) : 70 M€. Pour la suppression du dioxyde de titane de l’ensemble de la production de M & M’s (44 M€) et l’amélioration de la sécurité, modernisation, ligne de mélange… (26 M€) d’ici à 2020.

SBV (LDC) à Châteaulin (29) : 55 M€. Construction d’un site d’abattage et de découpe de volailles (800 000 poulets lourds par semaine), opérationnel d’ici à 2020.

Brasseries Kronenbourg (Carlsberg) à Obernai (67) : 45 M€. Installation d’une nouvelle ligne de conditionnement (capacités additionnelles : 500 000 hl par an), agrandissement des stockages de 30 % (ajout de 20 000 palettes).

Ardo à Gourin (56) : 44 M€. Agrandissement du site et installation de nouvelles lignes de production pour doubler la capacité en légumes bio.

Lactosérum (Lactalis) à Verdun (55) : 40 M€. Remplacement de deux tours de séchage, mise en service prévue en 2019.

Bimbo QSR au Plessis-Pâté (91) : 37 M€, fin de la construction d’une troisième usine, opérationnelle au premier semestre 2019.

Heineken Entreprise à Marseille (13) : 28,9 M€. Installation d’une troisième ligne de remplissage de bouteilles en verre perdu pour produire la marque Desperados (capacité de 450 000 hl par an), station de production de biogaz.

Famille Michaud Apiculteurs: 28 M€. Fin de la construction d’une nouvelle usine de conditionnement de sirop d’érable au Québec, d’une capacité de 5 000 t par an.

Fromageries Bel à Évron (53) : 27,8 M€. Modernisation de la production du mini-Babybel, extension du bâtiment de conditionnement, automatisation d’une ligne de production, nouveaux équipements (moulage, cellophanage…).

Ferrero France à Villers-Écalles (76) : 25 M€. Modernisation du site et agrandissement du stockage.

SBV – Celvia (LDC) à Saint-Jean-Brévelay (56) : 22 M€. Construction d’un bâtiment de 3 000 m² pour une nouvelle ligne de production, opérationnel au printemps 2019.

Arrivé (LDC) à Sainte-Hermine (85) : 25 M€. Extension de 4 000 m².

Coca-Cola European Partner France à Socx (59) : 19 M€. Installation d’une nouvelle ligne de production de boissons plates et gazeuses en bouteilles de verre, opérationnelle au premier semestre 2019.

Pierre Martinet à Saint-Quentin-Fallavier (38) : 14 M€. Agrandissement du site de 4 500 m² pour augmenter les capacités de production de 10 000 t/an, construction d’un transstockeur sous température dirigée (1 500 palettes) et agrandissement des bureaux.

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Le futur site du groupe Sill à Landivisiau (29) aura une capacité de production de 50 000 tonnes par an.THEBAULT Ingénierie
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Cet article est paru dans RIA

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