Surtout connue au travers du bitcoin, la blockchain gagne du terrain et diversifie ses applications. « Elle est aujourd’hui à l’agenda de tous les décideurs, constate France Stratégie dans son dernier rapport sur le sujet. De fait, cette technologie numérique qui permet de transmettre des données de manière décentralisée, sécurisée et sans intermédiaire apparaît riche en potentialités. Certains y voient l’innovation disruptive qui va bouleverser la plupart des secteurs économiques, les plus optimistes allant jusqu’à annoncer l’entrée dans une ère de l’efficacité et de la confiance partagée. »

De la promesse à la preuve

En agroalimentaire, les industriels, confrontés à des chaînes d’approvisionnement en matières premières souvent longues et complexes et à une demande de transparence accrue des consommateurs, y ont décelé un intérêt évident. L’idée : informer sur l’origine d’un produit et son mode de production, tout en s’assurant que les données mises à sa disposition soient irrévocables et passer ainsi de la civilisation de la promesse à celle de la preuve. Parmi les distributeurs, Carrefour a été un des premiers à sauter le pas avec le développement d’une plateforme pour la traçabilité de ses produits Filière Qualité Carrefour (lire p. 28). D’autres enseignes et des industriels, y compris des PME, ont également lancé des initiatives basées sur la blockchain. Mais cette technologie, qui permet à chaque maillon de la filière de conserver le contrôle sur ses propres données, présente une limite. Certaines informations de traçabilité restent saisies manuellement, avec leur lot d’erreurs potentielles.

« La question se pose alors de savoir quels modes de validation mettre en place dans un écosystème de données immuables, s’interroge Sara Tucci, chef de laboratoire au CEA List. Faut-il exiger une double validation pour conserver une confiance forte dans le modèle ou accepter que les informations enregistrées soient considérées comme valables jusqu’au moment où un algorithme identifiera une contradiction ? » Mais au plan industriel, la blockchain offre surtout de vastes perspectives en matière de collaboration au sein des filières : optimisation logistique, audit en temps réel, gestion automatisée des transactions et des achats de matières premières figurent parmi les nombreux exemples­ abordés dans ce dossier.

Dossier réalisé par Laurent Bénard et Isabelle­ Gattegno­