Après l’annonce début mars 2020, de résultats records – plus de 100 millions d’euros de bénéfice net sur l’exercice 2019 — qui coïncide avec la date anniversaire des cent ans d’existence de l’entreprise, le logisticien Stef (3,4 milliards de CA) annonce se mobiliser pour assurer l’acheminement des produits alimentaires vers les commerces et grandes surfaces.

Dans un courrier du 23 mars à ses clients, le spécialiste de la logistique du froid rappelle que la mission n’est pas simple : « le climat anxiogène actuel agit sur le comportement des consommateurs et se traduit par des variations d’activité de très forte amplitude ainsi que des transferts entre les segments de distribution totalement aléatoires ».

Qui peut dès lors douter, que la majoration annoncée « de 8,5 % sur les tarifs de base au titre d’une contribution exceptionnelle temporaire » est évitable pour « continuer à maintenir l’activité » ?

Hausse de 8,5 % des tarifs

Stef explique que « le contexte social et réglementaire commande des adaptations de conditions d’exploitation sans précédent : absentéisme, recours aux heures supplémentaires, réorganisation des flux, fourniture d’équipements de protection… ». Curieusement, le transporteur ne parle pas du prix du carburant, un élément clé dans la construction des coûts pour cette profession.

Certes le pays est en guerre, et pour gagner une guerre il faut des moyens. Mais, ce qui irrite le plus les industriels qui ont contacté RIA, c’est le caractère rétroactif de l’augmentation : elle prend effet dès le premier jour de confinement, soit le 17 mars 2020. Au jour où des entreprises agroalimentaires offrent des masques aux Ehpad et aux hôpitaux proches de leur site, le coût des protections et des attentions à l’égard des salariés pour maintenir le moral n’est pas le facteur le plus pesant pour la continuité de l’activité.

Le montant de la prime qui serait versée aux salariés de Stef serait de 300 euros. RIA ne connaît pas sa date de déclenchement, ni même si elle est rétroactive au 17. Pour l’instant, chez Stef, au service communication avec les médias, on n’a pas encore pu mentionner le taux d’absentéisme, ni même le coût des protections par salarié ou des changements d’organisation, invoqués pour justifier les 8,5 % d’augmentation.

Sans nul doute, l’année sera exceptionnellement difficile pour presque tous les secteurs et toutes les entreprises, mais quand on écrit à ses clients « face à cette situation inédite, nous devons rester unis pour assurer la continuité des activités », il faut s’attendre à ce que beaucoup s’interrogent sur la notion d’unité. Chacun jugera.

Mais, un record est fait pour être battu et le logisticien SGT (300 millions de CA), également spécialiste du froid, vient d’annoncer une augmentation de 8,75 % de ses tarifs.

Denis Lemoine