Quittant bientôt le Parlement européen, José Bové revient à ses origines d’éleveur de brebis en demandant l’arrêt immédiat de la production du « Bleu de brebis » lancé par Lactalis sous sa marque Société. Il juge que ce produit est « une escroquerie » opposant une concurrence « illégale » à l’AOP Roquefort. Mardi statuait un conseil d’administration extraordinaire de la Confédération générale de Roquefort, dont le président, Christian Gentil, est également directeur général de Roquefort Société.

Présidé –  c’est logique – par le vice-président Jérôme Faramond, représentant des producteurs, ce conseil a examiné les avis rendus par l’Inao et la DDCSPP (direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) qui « concluent que la commercialisation du Bleu de brebis de la marque Société ne contrevient pas à l’AOP Roquefort ». Toutefois, pour apaiser les esprits, la confédération va engager une « conciliation ».

Face aux oppositions, voici la réponse argumentée que le service communication de Lactalis nous a transmise : « Depuis maintenant plusieurs années, la vente de fromages persillés fait l’objet d’une érosion chronique, de l’ordre de 2 à 4 % par an. Face à cette situation, il faut trouver de nouveaux relais de croissance. La création d’un nouveau produit nommé “Bleu de Brebis” s’inscrit dans cette démarche. La création de ce produit a aussi pour objectif de convaincre de nouveaux consommateurs qui jugent le roquefort trop segmentant car « trop fort, trop salé » comme il ressort des études menées. C’est dans ce schéma que nos équipes R&D marketing ont travaillé depuis de nombreuses années pour mettre en œuvre un plan de relance des persillés de brebis. Ce produit, complémentaire de notre gamme de roquefort (1863, Baragnaudes et Templiers), vise en effet à atteindre un public jeune qui s’est progressivement désintéressé des formages persillés (plus de 63 % des consommateurs de Roquefort Société ont plus de 60 ans). Ce nouveau produit, fruit de ces travaux, a pour objectif d’attirer ces nouveaux consommateurs vers les bleus persillés de brebis comme étape pour, nous l’espérons, les conduire à être demain des consommateurs de roquefort. Dans le respect des règles de l’appellation, nous avons un circuit de production différencié de l’AOP. Ce nouveau produit au lait de brebis issu de notre collecte locale, comme indiqué sur le pack, est produit à Rodez et conditionné à Roquefort. Ce fromage constitue un produit de diversification de nature à maintenir les équilibres de la filière. »

Par ailleurs, Lactalis a également été attaqué de nouveau par la Confédération paysanne au sujet de sa filiale luxembourgeoise, qui organiserait un « système d’évasion fiscale ». Le groupe ne voit rien à ajouter à sa première réponse quand cette accusation était sortie dans la presse, début 2018. Il avait alors démenti en bloc, assurant respecter la loi et payer tous ses impôts, d’autant qu’il a désormais déposé les comptes de ses sociétés en France. Notons enfin que le groupe a été condamné à une amende de 250 000 euros après la pollution d’une rivière en 2017, causée par son usine de Retiers, en Ille-et-Vilaine.

B. Jullien