L’Union européenne a signé un accord commercial avec le Mercosur, c’est-à-dire l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay, avec lesquels elle représentera un marché de 780 millions d’habitants. « Il servira de tremplin aux entreprises européennes pour pénétrer un marché doté d’un énorme potentiel économique », s’est félicitée la Commission dont cet acte est le dernier important de la présidence Juncker.

Les pays du Mercosur vont supprimer 91 % de leurs droits de douane, permettant une économie progressive de quatre milliards d’euros pour les Européens. Côté alimentaire, ces droits seront éliminés par étapes pour le vin, le chocolat, le whisky, les pêches en conserve et les boissons non alcoolisées. Réciproquement, l’accord prévoit la suppression de 92 % des droits de douane sur les importations de l’Union européenne en provenance du Mercosur.

En outre, la Commission précise que « rien dans l’accord ne modifie la manière dont l’Union adopte et applique ses règles de sécurité alimentaire, que ce soit pour les produits fabriqués dans le pays ou les produits importés ». L’accord confirme par ailleurs « de manière explicite » le principe de précaution. Enfin, une coopération accrue est prévue sur les questions sanitaires et phytosanitaires.

Immédiatement, la FNSEA et Jeunes Agriculteurs ont écrit au président Macron pour juger ce texte « inacceptable » : « non seulement il menace des filières sensibles et stratégiques mais en plus il nous place en porte-à-faux vis-à-vis des consommateurs ». De fait, la concurrence du Brésil et de l’Argentine se trouve confortée, particulièrement en viande bovine, en volailles ou en sucre. Parallèlement, alors que les exigences environnementales pèsent de plus en plus en Europe, « l’Union européenne autorise des importations qui se moquent de ces considérations, par essence invérifiables au niveau des produits eux-mêmes ».

Le pôle animal de Coop de France va dans le même sens, précisant que 180 000 tonnes de viandes de volailles et 99 000 tonnes de viandes de bœuf sud-américaines vont voir leurs droits réduits et que « les exportations du Mercosur seront ciblées sur les morceaux à plus forte valeur ajoutée : les filets en volaille et l’aloyau en bœuf ». L’Anvol, interprofession de la volaille de chair, estime que cet accord menace 4 500 emplois directs dans son secteur, dont 1 500 éleveurs, alors que « la filière française est déjà écrasée par les importations ». D’autant que le Brexit pourrait contraindre au rapatriement sur le continent de 650 000 tonnes initialement destinées au Royaume-Uni.