Dans l’agroalimentaire, l’heure n’est plus aux méga-OPA ou aux concentrations impressionnantes, comme en témoigne la faible activité des groupes coopératifs sur ce plan l’an passé alors qu’ils s’étaient montrés particulièrement conquérants ces dernières années. On recense même peu d’opérations de taille intermédiaire en dehors de la validation par le ministère de l’Économie – Bercy passant outre l’injonction de l’Autorité de la concurrence, qui recommandait la cession de Zapetti – de la reprise intégrale de William Saurin (280 millions d’euros de chiffre d’affaires*) par Cofigeo, ainsi que la reprise de Lutti (115 M€) par Carambar&Co ou, encore, celle des Grands Moulins de Strasbourg (dont GMS Meunerie, 108 M€) par le groupe Advens.

Les multinationales ont déserté le domaine des acquisitions en Europe mais les groupes nationaux ne se montrent guère plus audacieux. Seul, LDC s’est diversifié dans le canard avec le rachat de Marcel Favreau (21 M€) et de Couthois Péridy (50 M€), y ajoutant le sauvetage de Doux en association avec le saoudien Al-Munajem et Terrena, en attendant le feu vert de l’Autorité de la concurrence pour pouvoir reprendre Ramon (68 M€). On peut aussi évoquer le rachat par Mademoiselle Desserts de Michel Kremer (40 M€), celui d’O’Guste (33 M€) par le groupe Alliance ou celui de Paso Traiteur (22 M€) par Fleury Michon.

En réalité, les mouvements se portent désormais sur des opérations de taille modeste mais avec un ciblage plus fin quant au positionnement de l’entreprise rachetée. En témoignent justement les acquisitions réalisées par des entreprises de taille moyenne comme l’illustre bien la stratégie du groupe lyonnais Solexia reprenant Le Graton Lyonnais (3,5 M€), Sedivol (5,6 M€) ou Bissardon (6 M€). On peut également citer des opérations comme celles de Mericq avec Kermarée (19 M€), de Gendreau avec Petit Pierre (18 M€), de Compagnie des Pâtissiers avec l’usine Délifrance d’Hérouville (11 M€) ou, encore, de Jean Hénaff avec Kerven (4 M€).

Signe que l’agroalimentaire n’a, malgré tout, pas perdu toute attractivité, les fonds d’investissements ont marqué pour lui un intérêt renouvelé ou maintenu : IK Investment Partners avec Mademoiselle Desserts (210 M€), Hivest Capital reprenant St Mamet (100 M€), MBO Partenaires et Amundi PET rachetant Arcado (76 M€), FnB Private Equity prenant le contrôle d’Henri Raffin (60 M€) ainsi que Lartigue & Fils, ou Gimv devenant majoritaire au sein de La Comtoise (33 M€).

De même, les groupes étrangers ne délaissent pas l’Hexagone : l’allemand Dr. Œtker a repris Alsa à Unilever, l’espagnol Lecasa, la Chocolaterie de Bourgogne, l’irlandais Liffey Meats, EVA (83,8 M€), le chinois H&H, Good Goût (18 M€), l’allemand Frostkone, Piz’Wich (14 M€), l’italien Campari, le cognac Bisquit (9 M€), le belge Arc Food Invest, Som’Baker… et même Coca-Cola réalisant sa première emplette gauloise avec Tropico (30 M€).

Réciproquement, certains groupes français restent beaucoup plus actifs à l’international qu’en France : Lactalis a acquis The Icelandic Milk and Skyr aux États-Unis (120 M€), les activités ultrafrais de Nestlé en Malaisie (21 M€) et, surtout, les fromages canadiens de Kraft Heinz (374 M€). Savencia Fromage & Dairy a pris le contrôle d’OAO Belebey en Russie. Bonduelle poursuit son développement en Amérique du Nord avec les activités de fruits et légumes transformés de Conagra au Canada (40 M€). Biscuit International (ex-Poult) a repris Northumbrian Fine Foods au Royaume-Uni (31 M€) et Arluy en Espagne (40 M€). Un autre spécialiste des MDD, Europe Snacks, a acquis Ibersnacks (80 M€). LDC intensifie sa présence en Europe de l’Est avec le hongrois Tranzit (108 M€). Avril s’est étoffé des huiles d’olive italiennes Costa d’Oro (143,5 M€). Enfin, le groupe coopératif Agrial confirme son internationalisation avec Aston Manor, au Royaume-Uni (150 M€), ou Rotkäppchen Peter Jülich, en Allemagne (40 M€).

B. J.

*Les chiffres d’affaires mentionnés sont le dernier montant connu, ou estimé, au moment de l’annonce de l’opération.