Malgré une météo très clémente, la saison des glaces ne commence pas très bien. La crise du Covid-19 y est bien sûr pour beaucoup. Tout d’abord, les consommateurs se sont rués sur les surgelés salés pour constituer des stocks. Résultat : les surgelés sucrés, glaces en tête, n’ont pas pu commencer à prendre leur place printanière dans un linéaire à l’espace coûteux et limité.

L’Association des entreprises des glaces qui rassemble les huit plus grands fabricants français s’inquiète autant des commandes des distributeurs qui semblent à l’arrêt que de l’implantation des nouveaux produits totalement bloquée. « En ces temps de confinement, les glaces constituent pourtant une valeur refuge », plaide Timothée Arar-Jeantet, son secrétaire général : « les consommateurs ont besoin de les retrouver en fond de rayon ».

Généralement, le rôle des merchandisers des marques est crucial pour accompagner la transition du rayon grand froid vers son organisation estivale. Les magasins leur sont quasiment fermés. Les industriels sont donc contraints de surstocker leur production : « les entrepôts sont pleins de produits qui ne demandent qu’à être dans les bacs », regrette Timothée Arar-Jeantet. « Nous risquons donc de subir un décalage, voire paradoxalement un danger de rupture, quand les distributeurs vont finalement réactiver leurs commandes. Pour un fonctionnement optimal de la chaîne, le lancement de la saison est important car il permet de préparer les flux en amont ».

Autre épine dans le pied des glaciers : les innovations, sur un marché qui vit au rythme de collections saisonnières. Depuis cinq ans, les nouvelles références représentent en moyenne 13,8 % des ventes du rayon : « elles tirent la croissance et les consommateurs les attendent », rappelle Timothée Arar-Jeantet. De plus, cette année, de nouveaux intervenants tentent de s’immiscer : après que Danone a lancé Alpro en glaces végétales l’an dernier, le groupe Sill y lance Malo et d’autres initiatives s’annoncent.

Tandis que l’actuelle croissance des ventes en GMS ne compense qu’à peine la perte des réseaux hors domicile qui représentent 17 % du marché, les entreprises de glaces redoublent de vigilance : l’année 2019 a été un peu décevante, quoique correcte ; 2020 s’annonce compliquée. Elles alertent la distribution qui a, en principe, tout intérêt à réagir. L’exemple des glaces est en effet symptomatique de la période actuelle, balançant entre crise et sortie de crise.

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Benoît Jullien