RIA : Quelle pourrait être la conséquence de la flambée des cours du porc sur les entreprises de charcuterie ?

Bernard Vallat : Depuis la fin des négociations commerciales avec la grande distribution, les cours du porc au marché de Plérin ont connu une envolée brutale d’environ 20 %, passant de 1,177 €/kg net à 1,415 €/kg. Or le poste achat de matières premières des entreprises de charcuterie représente, en moyenne, plus de 50 % du coût de leur produit fini. Aussi, sachant que les contrats 2019 se sont signés en légère déflation et que, selon la dernière enquête de la Banque de France pour l’année 2017, 30 % des entreprises de notre secteur sont en déficit, nous craignons que les plus petites d’entre elles, notamment les TPE-PME, soient conduites à mettre la clé sous la porte, si des négociations ne sont pas rouvertes.

RIA : Vous demandez donc la réouverture des négociations commerciales ?

B. V. : Tout à fait. Il faut savoir que cette flambée des cours est d’ampleur mondiale – elle atteint 30 % en Espagne et 50 % au Canada, sans doute du fait d’achats par anticipation – et va durer. Elle est la résultante de la pandémie de fièvre porcine africaine qui affecte l’Afrique de façon endémique mais également la Russie, une grande partie de l’Europe avec des pays très gravement touchés comme la Roumanie et l’Ukraine, tout comme des pays d’Asie très gros consommateurs et producteurs de porcs comme la Chine, le Vietnam, le Cambodge et la Mongolie. La Thaïlande serait aussi menacée. Face à ces hausses durables, nos entreprises, qui commercialisent 83 % de leur production auprès de la grande distribution, ne peuvent attendre que les indicateurs sur l’évolution des cours des pièces de découpe, en cours de finalisation par Inaporc, soient établis. Et ceci d’autant plus que, publiés avec un mois de décalage, ces indicateurs ne refléteront la hausse des cours actuelle qu’à partir de mai 2019 ! Nous demandons donc à nos clients de la grande distribution de rouvrir d’urgence les négociations.

RIA : Êtes-vous entendu sur ce point ?

B. V. : Nous avons une lueur d’espoir puisque le 16 avril, la FCD – Fédération du commerce et de la distribution – a appelé ses membres « à prendre en compte la hausse très forte constatée depuis quelques semaines sur les cours du porc ». Mais si des discussions sont effectivement engagées avec certaines entreprises, aucun accord n’a, à ma connaissance, été conclu à ce jour. Trouver un terrain d’entente serait pourtant bénéfique aux deux parties puisque aucun de nos acheteurs n’a intérêt à voir disparaître des petites entreprises au savoir-faire unique au monde, sans oublier que certaines d’entre elles sont l’objet de la convoitise de groupes étrangers.

RIA : Quelle est la situation en Chine ?

B. V. : Premier producteur de porcs avec 54 % de la production mondiale, la Chine aurait, selon les derniers chiffres officiels, perdu 20 % de son cheptel. Après la mise en place d’abattages préventifs, le pays est désormais sous le coup d’une pénurie nationale qui explique, pour partie, cette brusque flambée des cours mondiaux. Et la situation devrait mettre au minimum deux ans pour revenir à la normale, compte tenu du caractère spécifique de la maladie. On notera, à titre d’illustration, que les prix des têtes de porc achetées par la Chine ont doublé dans la période récente.

Propos recueillis par Laurent Bénard

Repères
    La Fict

    310 établissements, 1,2 Mt de produits finis, dont 83 % à base de porc.

    37 000 salariés en CDI, 135 000 emplois indirects, 6,7 Mds€ de chiffre d’affaires.

    Les entreprises de charcuterie françaises transforment 70 % de la production porcine nationale.