Le bio n’a pas dit son dernier mot

Le 23/06/2022 à 15:28

Selon les chiffres de l’Agence Bio, si le marché a globalement ralenti en 2021, il a fortement progressé dans les circuits traditionnels de vente directe et chez les artisans.

 

« La question du ralentissement de la demande du bio a fait couler beaucoup d’encre en début d’année, mais les chiffres qui ont été publiés concernent surtout la grande distribution », insiste Laure Verdeau, directrice générale de l’Agence Bio. En effet, d’après les derniers chiffres rendus publics par cette dernière, le marché global (avec la RHF) a ralenti de - 0,5 % en 2021, perdant 68 M€ sur l’année, à 13,3 milliards d’euros, tout en conservant une part de marché de 6,6 % dans les courses alimentaires des ménages français.

Tous les circuits n’ont pas connu les mêmes performances, loin de là. Si les ventes en grande distribution classique (50 % des ventes de bio) ont bien reculé de - 3,9 % et celles dans les circuits spécialisés (27 % des ventes) de - 1,8 %, elles ont progressé de + 7,9 % en vente directe (11 % du marché) et de + 5,8 % chez les artisans commerçants (7 %). En restauration (5 % du bio), elles ont même grimpé de + 20,6 %, dont 30 % en collective, boostée par la loi Egalim. « Le passage à 20 % de produits bio dans les cantines, conformément aux engagements gouvernementaux, génèrerait 1,4 milliard d’euros de ventes supplémentaires », alerte la directrice.

Selon Laure Verdeau, le recul en GMS devrait se poursuivre. « Le marché représente 8 % de l’assortiment alimentaire, mais 5 % du chiffre d’affaires. Il faut donc s’attendre à des rééquilibrages et à un ralentissement des lancements ». Dans les circuits spécialisés, la directrice générale souligne que les réseaux résistent mieux (- 1,6 %) que les magasins indépendants (- 3,4 %). Enfin, elle reconnaît que « la vente directe de produits bio est en phase avec les attentes de produits locaux des Français ».

Ailleurs en Europe, le marché poursuit sa croissance, sauf en Suède et en Finlande, où les consommateurs commencent à arbitrer entre bio et local. En Allemagne, premier marché européen, il a progressé de 5,8 % en 2021, à 15,9 Mds€ (hors RHD), après une hausse de 22,3 % en 2020. « La France est toujours leader de la production bio devant l’Espagne en termes de surfaces agricoles bio », rappelle Laure Verdeau. Désormais, les cultures biologiques couvrent plus de 10 % de la SAU et concernent 13 % des exploitations agricoles hexagonales.

Une projection, à cinq ans, proposée par le Credoc et AND International pour Natexpo et La Maison de la Bio, identifie quatre scénarios de croissance d’ici 2027. « Les deux trajectoires les plus ambitieuses nécessitent une action politique et publique forte, notamment dans le respect de l’engagement du ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation en 2021, Julien Denormandie, à atteindre 18 % de SAU en bio d’ici 2027 », explique Pierrick de Ronne, président du salon Natexpo qui se tiendra à Lyon du 18 au 20 septembre 2022. Le scénario « Ambition bio 2027 » prévoit ainsi un quasi triplement des ventes, à 36 Mds€. Le scénario « favorable », présenté comme « fort probable » en raison d’une réduction des écarts de prix entre l’offre bio et conventionnelle, anticipe 26 Mds€ de CA dans cinq ans, quand le scénario « tendanciel » aboutit à 19 Mds€ de CA. Enfin, le dernier modèle « défavorable » évoque une stabilisation, liée à un retour à un modèle agricole « traditionnel » peu favorable au bio.

F. B.

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