L’Autorité de la concurrence demande à Cofigéo de céder Zapetti

Le 14/06/2018 à 13:15  

L’Autorité de la concurrence autorise la reprise de William Saurin par Cofigéo, après avoir mené son examen . Toutefois, elle somme le groupe de céder sa marque Zapetti ainsi qu’un site de production de plats cuisinés appertisés italiens. Elle estime que l’opération qui regroupe William Saurin et Raynal et Roquelaure ne porte pas véritablement atteinte à la concurrence, les deux marques cumulant un peu moins de 50 % des plats cuisinés appertisés français et d’autres acteurs pouvant animer ce marché, le préservant de ce fait d’une menace inflationniste.

En revanche, l’Autorité de la concurrence a jugé que tel n’était pas le cas avec l’addition de Panzani et de Zapetti, totalisant plus de 80 % du marché des plats cuisinés appertisés italiens, ni de celle de Garbit et de Zapetti, dans une situation similaire. S’y ajoutent des spécificités industrielles rendant difficile l’arrivée d’un nouvel acteur, par exemple venant du frais ou du surgelé. « L’Autorité a pris la seule décision qui permettait à la fois d’autoriser cette opération stratégique et de garantir aux consommateurs, en particulier les familles à revenus modestes, des prix attractifs, grâce au maintien de deux fabricants concurrents capables de fournir la grande distribution en plats cuisinés en conserve de marques ou sous marques de distributeurs », résume

L’Autorité a, quasiment pour la première fois, dû recourir à son droit d’injonction : généralement, ses autorisations s’accompagnent d’engagements pris par le repreneur pour obtenir son accord. Mais en l’occurrence, Cofigéo s’oppose manifestement à sa décision, le groupe cherchant à tout prix à sauver l’opération dans sa globalité. Le groupe avait seulement proposé une mise à disposition de ses capacités industrielles à un tiers. L’Autorité lui offre néanmoins l’accès à une autre option, qui consisterait à céder la licence Panzani sur les plats cuisinés italiens, au lieu de Zapetti, l’une des grandes réussites de Raynal et Roquelaure qui l’avait substituée à Buitoni, après avoir racheté à Nestlé, en 2003, le site de Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse. Mais dans ce cas, l’entreprise devrait se contenter d’une part de marché d’environ 35 % pour sa marque, contre 45 % pour Panzani. En outre, elle devrait garantir la reprise de la licence Panzani – et l’accord de son propriétaire, l’espagnol Ebro Foods – par un repreneur crédible au niveau industriel.

Avant de porter un recours à l’encontre de cette décision, Cofigéo en a vraisemblablement appelé à Bercy puisque le ministère de l’Économie et des Finances a immédiatement fait savoir qu’il faisait usage de son pouvoir d’évocation – une première depuis la loi de 2008 instituant l’Autorité de la concurrence, en remplacement du Conseil de la concurrence qui n’était éventuellement consulté que pour avis, la décision sur le contrôle des concentrations revenant au ministre. Cette disposition lui permet, dans un délai de vingt-cinq jours ouvrés, de prendre une décision différente pour des motifs d’intérêt général n’entrant pas dans le champ de la réglementation sur la concurrence (sauvegarde de l’emploi, développement industriel, compétitivité internationale…). Rendez-vous donc d’ici au 19 juillet au plus tard.

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