À l’occasion de ses 35 ans, Manageria propose une série d’articles consacrés aux grandes mutations de la filière agroalimentaire. Une lecture rétrospective sur 35 ans, prolongée par une analyse des tendances en cours.
Depuis trois décennies, l’agroalimentaire est resté l’un des premiers employeurs industriels français, avec des effectifs globalement stables, quand l’ensemble de l’industrie manufacturière a fortement reculé. Mais derrière cette stabilité, se cache une transformation profonde du marché du travail et, en particulier, des logiques de recrutement.
Une montée en qualification plus rapide
Entre 1995 et 2025, le secteur est passé de l’industrie de main-d’oeuvre à celle des compétences : techniques, réglementaires et managériales. Cette évolution se traduit par une progression très nette de l’emploi cadre. En France, le nombre de cadres dans l’agroalimentaire a ainsi augmenté de près de 40 % entre 2009 et 2021, une dynamique plus rapide que celle observée dans l’ensemble de l’industrie sur la même période. Cette montée en compétences accompagne l’automatisation des sites, le renforcement des exigences de qualité et de traçabilité, la complexification des chaînes d’approvisionnement et l’internationalisation des marchés. Pour autant, le taux d’encadrement du secteur demeure structurellement plus faible que dans le reste de l’industrie : environ 9 % des effectifs, contre plus de 20 % en moyenne industrielle. Cette singularité explique en grande partie les tensions persistantes sur certains profils cadres et experts, devenus stratégiques pour le fonctionnement des organisations.
Des organisations transformées
Parallèlement à l’évolution des métiers, les organisations elles-mêmes ont profondément changé. En 35 ans, les structures hiérarchiques relativement linéaires ont laissé place à des organisations plus transversales et matricielles, intégrant des fonctions support renforcées, des projets multi-sites et des périmètres souvent internationaux. L’internationalisation des groupes, la montée des exigences réglementaires européennes et la diversification des marchés ont accru les besoins en coordination, en pilotage et en expertise. Les entreprises recherchent désormais des cadres capables d’évoluer dans des environnements complexes, de dialoguer avec des interlocuteurs multiples et de conduire des transformations continues.
Un marché en mutation depuis 2024
Après plusieurs années de fortes tensions, le nombre de projets de recrutement de cadres tend à se contracter depuis 2024. Ce ralentissement s’explique par la baisse des investissements, le report de certains projets industriels, mais aussi par des facteurs structurels : vieillissement des effectifs déjà intégrés dans de nombreuses entreprises, allongement des carrières et optimisation des organisations existantes. Cette évolution ne signifie pas un recul des besoins en compétences, mais une transformation des réponses apportées. Le recours accru au management de transition, à la sous-traitance de fonctions expertes ou à des prestataires externes témoigne d’une mutation plus large du monde du travail.
Sécuriser les compétences clés
À horizon 2026-2028, une tendance se dessine clairement : les entreprises agroalimentaires les plus résilientes seront celles qui auront su identifi er et sécuriser leurs compétences critiques. Recruter moins, mais recruter mieux, devient un impératif dans un environnement instable. Le recrutement cadre ne disparaît pas, il se transforme. Il s’inscrit davantage dans une réflexion globale sur les organisations, les parcours internes, la transmission des savoirs et la capacité à mobiliser des expertises adaptées au bon moment.
PAR CÉCILE BOULAIRE, DIRIGEANTE DE MANAGERIA
1 - Montée rapide de l’emploi cadre et des expertises clés.
2 - Organisations plus transversales et souvent internationales.
3 - Tensions durables sur certaines compétences stratégiques.
4 - Diversifi cation des formes d’emploi et d’accès à l’expertise.