Il aura fallu sept ans à Sill Entreprises pour voir aboutir son projet de tour de séchage de lait infantile. Annoncé en 2014 comme devant s’établir à Plouvien, puis à Guipavas­, c’est finalement à Landivisiau­, et après de mul­tiples recours, que l’outil de Sill Dairy International est sorti de terre. « Cette usine est destinée à apporter une meil­leure valorisation de la matière première laitière sur les marchés export, en Chine, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient », affirme Gilles Falc’hun, PDG du groupe finistérien. Alors que la première tour de séchage de Plouvien, en cours de recons­truc­tion après un récent incendie, a permis au groupe de mettre un pied dans le marché des commodités, cet outil le positionne sur des marchés beaucoup mieux valorisés.

Le premier coup de pioche a été donné en juillet 2018, pour une livraison prévue en février 2021. Si le séchage est opérationnel depuis mai, la ligne de conditionnement des boîtes n’entrera en production qu’en septembre prochain. « L’outil industriel est grand, mais pas trop. Il est suffisamment agile pour fabriquer des laits infantiles spéciaux à très forte valeur ajoutée, en volumes plus faibles, à partir de neuf tonnes­, à des coûts compé­titifs », détaille Yannick Fallourd­, directeur du site. Pour ce type d’installation, les contraintes sanitaires sont impor­tantes car le produit est destiné à un public très sensible. Cela a guidé les choix de l’industriel tout au long de la conception de cette tour : formation­ des personnels, conception­ hygiénique des locaux, sélection des matières premières mises en œuvre selon une liste positive d’agrément, choix des équipements et des matériels, déploiement d’un logiciel de pilotage de la production (MES)… Selon le niveau de risques, la production est organisée en zones de basse, haute ou de très haute hygiène (air surpressé, température et hygrométrie maîtrisées), dont les accès sont strictement contrôlés au moyen d’outils biométriques. En matière d’économies d’énergie, la tour de séchage dispose­ des dernières avancées technologiques, avec pour objectif de minimiser les pertes et de maximiser la récupération des calories tout au long du process­.

Au total, ce chantier stratégique a mobilisé un investissement de 90 millions d’euros. Il est dimensionné pour produire 18 000 tonnes de lait infantile en poudre d’ici à 2025. De quoi, alors, générer­ un chiffre d’affaires annuel de 100 millions d’euros.

François Biaggini
Photos : Franck Betermin
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La gamme Sill Entreprises a lancé la marque Vitalaë pour le grand export, déclinée en trois gammes, standard, premium et bio. Le groupe va aussi développer une activité de sous-traitance pour des laboratoires de nutrition infantile du monde entier. Le site va en plus produire des formules spécifiques liées à des problèmes digestifs. Au total, une vingtaine de recettes seront proposées.
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Séchage Le lait préconcen­tré est pulvérisé à une pression de 200 bars au sommet de la tour « multistage­ dryer » (GEA). Selon un procédé à flot tombant, il sera instantanément déshydraté dans un flux d’air chauffé à 200 °C. La tour évapore­ jusqu­’à 3,7 t/h d’eau.
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Recyclage des vapeurs Le site est équipé d’un système de recompression mécanique de la vapeur (RMV), qui permet de faire de substantielles économies d’énergie.
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Laboratoire Le laboratoire interne analyse les profils nutritionnels des formules infantiles : protéines, glucides, acides gras, vitamines, minéraux. De leurs côtés, les analyses bactériolo­giques sont externalisées.
Repères
    Sill Entreprises

    CA 2020 : 483 M€.

    Effectif : 1 500 salariés.

    Métiers : produits laitiers, jus de fruits, potages, plats cuisinés surgelés, alimentation­ infantile.

    Implantations : huit sites en France, dont sept en Bretagne.

    Sill Dairy International

    CA visé : 100 M€.

    Effectif : 82 salariés.

    Capacité de production : 18 000 tonnes de poudre de lait infantile.

    Débouchés : Chine, Asie du Sud-Est, Moyen-Orient.

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CuverieLe site dispose d’une cuverie de 650 m3. Les divers ingrédients liquides (lait écrémé, matières grasses végétales…) et pulvérulents (lactose, protéines sériques, vitamines…) sont dosés et mélangés avant de subir une première concentration à 50 % d’extraits secs, puis séchés par atomisation. Les épaississants et les ingrédients sensibles à la chaleur (probiotiques…) sont ajoutés après le séchage.
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Conditionnement Opérationnel en septembre, l’atelier traitera des boîtes en métal de 99 et 127 mm de diamètre, à des cadences de 144 et 80 coups par minute. De 400 g à 900 g, elles seront disponibles en version classique (mesurette à l’intérieur) ou « over cap » (mesurette entre l’opercule et le couvercle plastique).
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Quarantaine Une fois déshydratées, les poudres infantiles sont mises dans des big bags inertés à l’azote et passent trois semaines de quarantaine­ en attendant les résultats des analyses microbiologiques et physico-chimiques­ (stockage : 1 300 palettes).
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OsmosePour se conformer à la nouvelle réglementation européenne sur les taux de chlorates­, le site traite l’eau de ville par osmose inverse (400 m3 par jour).
La parole à…
Yannick Fallourd, directeur du site

« Nous avons déployé un outil de MES, spécialement développé par OET Automation. Les ordres de fabrication et les paramètres de production descendent aux automates, avec les plans de contrôle, d’échantillonnage, de lavage… L’opérateur n’a plus qu’à suivre les tâches à accomplir sur une tablette. À l’inverse, les données recueillies remontent en temps réel vers l’outil de pilotage, interconnecté à l’ERP du groupe et au système de gestion de l’information du laboratoire ou Lims. »