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Produits halal transformés : la France se dote d’un guide de bonnes pratiques de fabrication

Claudius Thiriet

Normalisation Les industriels français peuvent s’appuyer sur la norme XP V06-001, d’application volontaire, pour apporter des garanties de maîtrise de leur production d’aliments transformés halal.

Injustement intitulée par ses détracteurs « norme halal », la norme Afnor XP V06-001 est une norme expérimentale d’application volontaire basée sur les principes de l’HACCP et définissant une méthodologie de référence pour assurer la sécurité sanitaire des aliments, éviter les contaminations croisées et respecter le caractère halal des produits en vérifiant, notamment, le respect des interdits religieux majeurs, définis par le codex alimentarius.

Analyse de risque

La norme vise à conduire, à partir des exigences réglementaires et de celles du client – qui peuvent varier selon le pays de destination –, une analyse des risques d’une production et à identifier les étapes critiques qui pourraient remettre en cause son caractère halal. Elle conduit à définir les moyens de maîtriser ces étapes, tels que par exemple la sélection des ingrédients, l’organisation de la production, la formation du personnel, le type de produit autorisé pour le nettoyage (sans alcool, par exemple)… Elle n’a pas vocation à définir ce qu’est un aliment halal. « Cette norme a été élaborée par consensus au sein d’un comité de normalisation qui réunissait des experts, des industriels, leurs fédérations, des représentants des mosquées de Lyon, d’Évry, de la Grande Mosquée de Paris, des ministères français concernés, du Conseil français du culte musulman (CFCM), d’associations de défense de la cause animale... » explique Eldjida Makhloufi, présidente de la commission de normalisation de l’Afnor. C’est ainsi que, pour parvenir à un consensus, le sujet de dissension majeur que sont les conditions d’abattage des animaux en a volontairement été exclu. Eldjida Makhloufi insiste : « Ce document ne vise qu’à décrire les bonnes pratiques de fabrication de denrées alimentaires halal, dans le respect des exigences clients. »

Laurent Bénard

Un marché mondial juteux de près de 600 milliards de dollars

Le marché mondial du halal et des aliments halal est en progression, à environ 600 milliards de dollars , notamment en Malaisie, en Indonésie, en Turquie et dans les pays du Golfe.

Le marché français est d’environ :

*5 à 6 millions de musulmans, dont 4 à 5 millions d’acheteurs potentiels, consommant 70 kg/an/habitant de viande de volaille ;

*la viande halal est vendue à 80 % par les boucheries traditionnelles et à 20 % par la grande distribution ;

*le marché des produits transformés est en plein essor et loin de se limiter à l’Hexagone.

Le cabinet Solis, spécialisé dans le marketing « identitaire », estimait le marché français à 5,5 milliards d’euros en 2010, dont 4,5 Mds en produits alimentaires et 1 Md en restauration hors domicile (kebab, fast-food, pizzeria). Les produits les plus plébiscités sont les charcuteries de volaille (77 M€), les viandes surgelées (37 M€), les saucisses (16 M€) et les plats cuisinés, loin devant les confiseries (2,8 M€).

Si les ventes restent « confidentielles » en hyper- et supermarchés (0,2 % des produits de grande consommation), elles sont en croissance continue, selon Nielsen : + 7,3 % entre 2015 et 2016, + 20 % depuis 2013.

Déjà contestée

Sitôt publiée, sitôt contestée. Dans un communiqué de presse du 18 septembre, Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, indique que celle-ci « n’a en aucune manière participé à l’élaboration de la norme et met en garde les responsables de l’Afnor de se prévaloir d’un accord » de l’institution religieuse. Il ajoute que la Grande Mosquée de Paris « s’élève vigoureusement contre la prétention de cet organisme laïc et civil de se parer des attributs de délivrance de licéité cultuelle et émet toutes les réserves sur cette prétention normative du halal ». De son côté, le Conseil français du culte musulman (CFCM) a indiqué à l’AFP « qu’il a annoncé publiquement en avril 2015 son retrait des travaux ».

Interrogée sur cette polémique, l’Afnor réplique que, contrairement à deux autres associations, ni le CFCM ni la Grande Mosquée de Paris n’ont signifié formellement leur souhait de quitter la commission de normalisation*. L’association rappelle également que cette norme ne s’initie nullement dans le domaine religieux puisqu’elle ne définit en aucun cas ce qu’est un aliment halal. Elle vise uniquement à donner aux fabricants des éléments pour organiser leur production et prendre ainsi en considération les exigences de leurs clients.

*Un simple mail suffit.

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Cet article est paru dans RIA

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