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Comment Terre Adélice est devenue une entreprise libérée

Terre Adélice fabrique 500 000 litres de crèmes glacées et de sorbets, déclinés en 143 parfums. Elle a réalisé 5 M€ de CA en 2018 et son activité progresse de 10 % par an. La gestion collaborative porte ses fruits.Studio Bigot

Les dirigeants de la PME familiale ardéchoise partagent la gouvernance avec leurs salariés. Un engagement renforcé par une RSE collaborative.

Depuis la création de Terre Adélice, en 1996, par la famille Rousselle, dans le village ardéchois de Saint-Sauveur-de-Montagut, la PME a toujours veillé à valoriser l’humain et à protéger l’environnement. Spécialisée dans les crèmes glacées et les sorbets, à 90 % bio, l’entreprise coopère avec les fournisseurs locaux et favorise les filières courtes, dans une logique de commerce équitable et de développement durable. Pour emballer ses produits, elle utilise des packs en carton écoconçus, réalisés d’une seule pièce incluant le couvercle. Pour la collecte de ses déchets, elle a monté des partenariats avec des acteurs régionaux qui les valorisent. Toute l’électricité utilisée par l’outil de production est, par ailleurs, d’origine renouvelable et ses équipements ont été choisis en fonction de leur consommation énergétique. Enfin, dans les deux salons glaciers qu’elle possède à Lyon (69) et Grenoble (38), les petites cuillères sont à base d’amidon, entièrement biodégradable.

En 2016, Terre Adélice a mis en place des méthodes de management participatives. Les employés bénéficient de formations aux principes de l’entreprise libérée et ont constitué un comité qui a un impact décisionnel auprès de la direction. « Les dirigeants, qui ont eux-mêmes été salariés, connaissent les travers d’une organisation pyramidale, explique Manuel Chatain, en charge de la mise en place de la RSE au sein de la PME. Aujourd’hui, ils ont davantage un rôle d’animateurs. Ce sont les services production, logistique et commercial qui prennent les décisions et s’organisent, y compris pour les investissements. La direction assure juste un suivi. »

Une démarche d’ouverture

Autant dire que lorsqu’elle a décidé de s’engager dans une démarche RSE, en 2017, Terre Adélice avait déjà bien avancé sur le sujet ! « Cela allait lui permettre de prendre de l’avance face aux attentes de sa clientèle de restaurateurs, grossistes et magasins bio, poursuit Manuel Chatain. Beaucoup sont exigeants sur la question. La labellisation RSE, que nous espérons obtenir en 2019, peut nous différencier sur le marché. » Après avoir établi un diagnostic des pratiques, la PME a organisé un séminaire de travail collectif, pour choisir ses axes d’amélioration. « Nous avons proposé un “world café” autour des sept questions centrales de la responsabilité sociétale définies par l’ISO 26000, auquel les vingt-huit salariés ont participé, détaille le responsable. Sept petits groupes ont été constitués et ont été chargés de formuler des améliorations sur un thème donné. Puis les propositions ont été réunies et tous les participants ont voté pour l’action qui leur semblait prioritaire dans chacun des thèmes. Les axes d’amélioration ayant recueilli le plus de voix ont été inscrits dans le programme à mettre en place rapidement. »

La PME a ainsi décidé de passer au 100 % bio d’ici à 2020, de faire baisser sa consommation d’eau et le gaspillage alimentaire par une sensibilisation du personnel, mais aussi grâce à l’achat de matériel plus efficace. Des tests sont en cours, avec un fabricant de compost, pour la valorisation de certains déchets organiques. Un spécialiste en cosmétiques est intéressé par les noyaux d’abricots et les drupes de framboises. Chaque salarié peut aussi choisir une mission annexe à son poste de travail, comme s’occuper du mécénat de la PME ou organiser le planning de son service.

« Le fonctionnement de l’entreprise libérée est aujourd’hui bien structuré. C’est une démarche d’ouverture qui développe des compétences et des talents, ajoute Manuel Chatain. Nous prenons des décisions plus justes, car elles émanent du terrain. Si, dans deux ans, quelqu’un veut prendre en charge l’animation de la RSE, je laisserai ma place. Il faut que ça tourne. »

Florence Jacquemoud

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Pour emballer ses produits, l’entreprise utilise des packs en carton écoconçus, réalisés d’une seule pièce incluant le couvercle.Fabrice Demurger
Qu’est-ce qu’une société libérée ?

Le concept d’entreprise libérée a été théorisé par Isaac Getz et Brian M. Carney, en 2012, dans le livre Quand la liberté des salariés fait le succès des entreprises.

Le principe : faire confiance à ses salariés et les laisser prendre des initiatives individuelles plutôt que de leur imposer des directives suivies de contrôles.

Le système hiérarchique classique est remplacé par une structure plate où les collaborateurs s’autodirigent.

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Cet article est paru dans RIA

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