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Comment Novandie intègre des salariés autistes

Luc Dufresne, salarié autiste en CDI, effectue des tâches non automatisées. Il dépose une capsule en plastique sur un pot de yaourt et le place ensuite sur un tapis roulant pour qu’il soit daté.G. TOUREN

À Auneau (Eure-et-Loir), l’usine de produits ultrafrais du groupe Andros emploie onze personnes autistes en CDI. Une expérience qui se déploie en France.

De nature discrète, l’entreprise Novandie, branche ultrafrais du groupe Andros, n’hésite pas à témoigner sur son expérience d’intégration de salariés souffrant de troubles psychologiques. « Notre onzième salarié autiste a signé son CDI en septembre, té­moigne avec fierté Sophie Choné, directrice du site d’Auneau (Eure-et-Loir), l’une des cinq usines de Novandie. Ils font partie de nos 280 salariés, au même titre que les autres. C’est la première fois que des personnes, atteintes d’autisme sévère, avec déficience intellectuelle, ont accès à un CDI en France. » Elles seraient 200 000 en âge de travailler. « Souvent non communicantes, elles ont des capacités de lecture et d’écriture limitées », poursuit Yenny Gorce, directrice de Vivre et Travailler Autrement (Veta), qui porte le projet. Cette association, fondée en 2014 par Jean-François Dufresne, ancien directeur général d’Andros et père d’un enfant autiste, a pour objectif d’essaimer cette expérience. « Une vingtaine d’adultes autistes seront en poste d’ici à la fin de l’année. En 2021, il y aura une dizaine de projets en cours dans l’alimentaire, la cosmétique et la logistique », ajoute-t-elle.

Tâches simples et répétitives

Depuis quatre ans, onze salariés au­tistes ont intégré progressivement l’usine de produits ultrafrais. Ils ar­rivent d’abord comme travailleur Esat*, mis à disposition de l’entreprise pendant six mois. Le CDI n’est signé qu’après validation des compétences. « Ces salariés sont sérieux, ponctuels et performants. Ils sont respectueux des consignes et aiment faire des tâches simples et répétitives, pour lesquelles les entreprises ont du mal à recruter ou à fidéliser », souligne la directrice de Veta. Dans le site, les travailleurs autistes sont employés à différentes opérations et demandes particulières non automatisées. Comme par exemple le désachage des pots, l’étiquetage, le copacking ou le panachage. « Ceux qui savent lire les chiffres travaillent à la pesée des ingrédients ou au laboratoire pour des contrôles de pH ou de produits », poursuit Sophie Choné.

Accompagnement adapté

S’ils sont rapidement autonomes dans leurs tâches et les gestes d’hygiène, une situation imprévue peut cependant les faire paniquer. Il est donc nécessaire de prévoir des accompagnants dans le dispositif. Chaque matin, une personne présente le planning et s’assure que le matériel est en place. Elle veille aussi à leur sécurité et gère les imprévus, les fait évoluer régulièrement vers de nouvelles tâches ou postes. Elle assure aussi l’interface avec le chef d’équipe et les référents de l’entreprise. C’est également l’encadrant qui travaille sur le management visuel au poste pour séquencer les tâches. « Ce management visuel a amélioré notre organisation du travail. Cela nous aide aussi pour intégrer les intérimaires à ces postes en période de congés », constate Sophie Choné. La directrice de l’usine observe beaucoup de bienveillance et une grande fierté de la part des autres salariés. « Cela fédère autour d’un projet humain et concret. Il ne s’agit plus de communication ou d’image, mais d’une expérience à vivre de l’intérieur », conclut Yenny Gorce.

Agnès Boiron

*Établissement et service d’aide par le travail.

Quelle démarche pour rejoindre le dispositif ?

L’entreprise identifie au préalable les postes qui pourraient convenir. Elle crée une équipe afin de mener le projet, dont le mise en place prend environ­ un an.

L’entreprise s’engage au recrutement d’une dizaine de personnes autistes pour le même site. Ils seront logés à proximité, dans un habitat dédié avec leurs accompagnateurs, salariés d’une structure médico-sociale. « Ce lieu de vie à taille humaine participe à la réussite du projet et optimise les coûts. C’est l’équipe de l’association Veta qui gère cette partie », explique Yenny Gorce, directrice de l’association, à l’origine du dispositif.

Le projet est financé par les pouvoirs publics pour ce qui est de l’habitat, des activités et du salaire des accompagnants. L’association Veta s’engage au côté de l’entreprise, cherche les financements publics et les acteurs médico-sociaux. Elle prend aussi en charge la formation des accompagnants aux contraintes de l’entreprise.

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