Le Nutri-Score pourrait-il devenir obligatoire dans l’Union européenne ? C’est ce que demande une coalition, regroupant différentes parties prenantes, et non des moindres, puisque le groupe Nestlé y figure. Indépendamment de son issue, cette démarche illustre la notoriété désormais acquise par le logo à cinq couleurs. Si certains produits sont notés A ou B de par leur nature, certains sont retravaillés pour le devenir. Ainsi, le Nutri-Score permet aux industriels d’informer les consommateurs­ sur les améliorations nutritionnelles apportées depuis parfois­ de nombreuses années, comme l’illustrent les témoignages de plusieurs d’entre eux (voir p.24).

Le méticuleux travail de révision ne s’arrête pas là. Il doit aussi prendre en compte une autre tendance forte actuellement : la suspicion des consommateurs vis-à-vis de certains additifs ou ingrédients (voir p.28). Mais comme pour les améliorations nutritionnelles, remplacer ou supprimer un composant déstabilise la recette, et retrouver l’équilibre peut s’avérer complexe. « Il faut se poser la question de l’utilité, analyser la valeur technique, en faisant la distinction entre les additifs, les ingrédients, les arômes et les auxiliaires technologiques. Il faut se demander : est-ce indispensable ? Quel est l’intérêt pour la santé et l’environnement ? », commente Luc Gauduchon, directeur R & D de Léa Nature.

La notion de naturalité commence à évoluer, pour intégrer celle de la transformation, à laquelle certains industriels s’intéressent de plus en plus. « Le procédé n’est pas étiqueté. C’est un concept abstrait pour le consommateur­ et cela constitue un vrai champ de questionnement pour nous », poursuit Luc Gauduchon.

Gautier Jézéquel, cogérant de Tout Feu Tout Frais, préconise la méthode Siga, qui classe les produits selon leurs degrés de transformation. Elle découle de la classification Nova. « J’espère qu’un jour la méthode Siga s’imposera. Elle n’est pas encore très connue, mais cela devrait changer grâce à l’arrivée de son application, qui vient de sortir. » Il envisage, à terme, d’afficher les notes Siga sur ses produits. « Il faut une approche holistique et ne plus réduire un aliment à une somme de nutriments », poursuit Gautier Jézéquel, qui reproche justement au Nutri-Score de ne pas tenir compte des additifs et d’attribuer des notes A ou B à des produits qu’il juge ultratransformés.

Dossier réalisé par Sylvie Richard