L'Ania dresse un bilan « inquiétant » des négociations commerciales qui « auraient dû s'achever au 1er mars ». C'est d'ailleurs là son premier motif d'inquiétude : « de nombreuses entreprises agroalimentaires ne parviennent toujours pas à un accord avec leurs clients de la grande distribution » tandis que d'autres n'y sont arrivées que durant les 48 heures qui précédaient la date réglementaire. Et de préciser toutefois que la situation différait notablement suivant les enseignes, certaines ayant réalisé « de premiers efforts ». Mais son président Jean-Philippe Girard stigmatise toujours des « comportements inacceptables », consistant avant tout en « des demandes excessives de déflation ou de promotions ».

L'observatoire des négociations commerciales mis en place par l'Ania a recueilli 623 alertes et signalements de mauvaises pratiques entre le 1er octobre et le 2 mars. C'est presque deux fois plus que l'année précédente (320). Et de citer la non-prise en compte des hausses de matières premières, des exigences de baisses de prix « déconnectées de la réalité économique », des exigences d'avantages sans contreparties, des déréférencements ou du moins des menaces, des pénalités logistiques qui se multiplient, et aussi des « comportements irrespectueux » de la part de certains acheteurs.

L'Ania s'est d'ailleurs intéressée à la mise en oeuvre de la charte établie par la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) (voir RIA News n°636) et qui devait être placardée dans les box des centrales d'achat. Reconnaissant, encore une fois, « les efforts de certaines enseignes pour limiter les comportements irrespectueux », l'Ania a encore retrouvé « des manquements significatifs aux principes élémentaires de la cordialité chez d'autres enseignes », qui devraient être pourtant « un préalable à toute relation commerciale ».

De son côté, la FCD avait précisément estimé, à l'issue du comité de suivi de février, que « de l'avis général des participants, industriels et distributeurs, les négociations se déroulent dans de bonnes conditions »... notamment grâce à sa charte. Mais elle en avait appelé aux industriels, notamment laitiers, pour appliquer les dispositions de la loi Sapin 2 sur le prix de référence payé aux producteurs.

Le ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation, Stéphane Le Foll, vient justement de rappeler cette disposition, en y incluant également les contrats pour les MDD. Mais évoquant Savencia et Bel, sans les citer, et « l'annonce de résultats particulièrement positifs pour certains groupes industriels », il a annoncé son intention de saisir l'observatoire de la formation des prix et des marges, notamment pour qu'il sollicite les tribunaux de commerce pour publication des comptes « des entreprises ne les ayant pas publiés malgré leurs obligations légales ».

Crédit : Gutner Archives