RIA : Comment percevez-vous la situation dans les IAA ?

Julien Huck : Dans cette période de crise, les salariés de l’agroalimentaire sont conscients de leur utilité à l’égard de la population. Leur implication est forte. Cependant, ils réclament légitimement des conditions de travail qui préservent des risques de contamination. Des entreprises, quelle que soit leur taille, ont mis en œuvre des mesures de protection, notamment après l’intervention de nos élus, même s’il demeure encore trop de cas où les conditions d’exercice des tâches n’ont bénéficié de presque aucun aménagement. Nombre d’entreprises privilégient encore la productivité et les gains financiers. Ce qui est préoccupant, c’est qu’aucune décision gouvernementale ne précise quels sont les secteurs alimentaires prioritaires. Dans de grands groupes, tels Pernod Ricard, Tereos, Volvic, Danone, nos syndicats ont posé la question du choix de la production prioritaire. Sur ces sujets, notre fédération exige des réponses des pouvoirs publics et du patronat.

RIA : Quels enseignements doit-on tirer de la crise du coronavirus ?

J. H. : Le président de la République a déclaré, le 12 mars : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il y ait des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. Déléguer notre alimentation, notre protection à d’autres est une folie ». À la Fnaf CGT, nous pensons aussi que les industries agroalimentaires doivent être libérées des objectifs de rentabilité financière. Par ailleurs, les entreprises devront montrer l’exemple et convertir les dividendes en primes pour les salariés.

RIA : Les entreprises sont-elles prêtes à changer ?

J. H. : Aujourd’hui, des entreprises en situation de baisse d’activité tentent de pousser les salariés à prendre des congés ou des journées de RTT, ou encore des arrêts pour garde d’enfants, alors qu’il est possible de mettre en place des mesures de chômage partiel. À l’inverse, beaucoup de sociétés ont eu à gérer un pic de la demande. Dans ce contexte, certains ont cependant l’audace de ne pas vouloir payer les heures supplémentaires ou encore supprimer les primes d’assiduité pour cause de télétravail. Face à de tels agissements, la priorité de la CGT est de faire respecter le droit du travail. Il est inadmissible que gouvernement et patronat utilisent cette période pour remettre en cause des acquis sociaux. Nous exigeons que les discussions sur les aménagements des conditions de travail soient portées en réunion de CSE. Il faut maintenir les droits syndicaux et les droits des salariés, tel le droit d’alerte et de retrait.