« La hausse des ventes en grande distribution ne compense par la fermeture de la restauration ni les pertes de l’export », assène Jean-Michel Schaeffer, président de l’Anvol qui estime entre 8 et 10 % la baisse de la consommation globale de volailles en France. Tandis que les importations imposent une concurrence « agressive », l’interprofession de la volaille de chair estime que les stocks d’invendus atteindront 40 000 tonnes à la fin du mois de juin.

C’est pourquoi l’Anvol formule cinq revendications pour favoriser, notamment, leur écoulement après le déconfinement. Premièrement, accéder à l’aide au stockage privé qui, pour l’heure, n’est toujours pas ouverte à la volaille. Deuxièmement, suspendre provisoirement les importations en provenance des pays tiers au second semestre : « c’est un cas de force majeure », plaide Jean-Michel Schaeffer. Troisièmement, privilégier l’origine France dans les commandes publiques, une demande conjointe avec Interbev que rendrait possible le règlement de l’Organisation commune de marché. Au passage, la filière demande que le projet de décret rendant obligatoire l’étiquetage de l’origine des volailles en restauration soit étendu aux produits transformés. Quatrièmement, construire un plan de sauvegarde de la filière : « notre cheptel reproducteur est menacé de destruction », s’alarme Jean-Michel Schaeffer. Et cinquièmement, adapter le fonds de solidarité aux activités agricoles.

L’enjeu est notamment de sauvegarder « la diversité des espèces et des modes d’élevage très particulière à la France ». Car, si le poulet et la dinde, massivement achetés dans la grande distribution, ne se trouvent qu’en difficulté seulement, les autres espèces – canard, pintade, cailles, etc. – seraient menacées de disparition par cette crise. La filière canard a ainsi lancé un véritable « SOS ».

Déjà dans une situation de relative surproduction en début d’année, elle a perdu d’un coup au moins 70 % de ses débouchés, la restauration en représentant 35 % et l’export, 50 %. « Il a fallu congeler les stocks de pièces nobles, les abattoirs ont dû annuler des commandes et les élevages se sont vidés », déplore Patrick Joffre, président du Cicar (Comité interprofessionnel du canard à rôtir) qui se tourne désormais vers la grande distribution pour tenter de basculer dans ses étals une partie des volumes perdus.

Ce serait au passage – et en jouant des promotions – l’occasion de faire redécouvrir la viande de canard aux consommateurs à un moment où ils doivent préparer davantage de repas à domicile. Le canard de Barbarie et ses filets, notamment, peuvent mettre en avant le logo interprofessionnel Volaille française, se distinguant ainsi du canard gras et de ses magrets, également dotés d’un signe d’origine. « Mettre en avant le canard apporterait un relais de croissance à un rayon volailles souvent en manque d’animation », fait valoir Patrick Joffre.

Représentant plus de 700 éleveurs, cinq couvoirs et neuf sites de transformation, la filière canard va se retrouver face à une chute d’au moins 40 % de ses mises en place. Les industriels du secteur, à commencer par LDC qui s’est beaucoup investi récemment dans le canard, occupent donc une position cruciale. « Petit à petit, notre modèle de consommation se réduit de plus en plus au poulet », observe Patrick Joffre : « il faut sauvegarder notre gastronomie française qui est la seule au monde à présenter une telle largeur d’offre ».

Benoît