« Les crises accélèrent les tendances déjà émergentes dans le monde entier, ce qui nous encourage à amplifier l’application de notre feuille de route », explique Alexandre Ricard, PDG de Pernod Ricard. Après un premier semestre qualifié de « solide », l’exercice du groupe clos au 30 juin a subi de plein fouet l’impact du Covid-19, avec une chute de ses ventes de 37 % d’avril à juin. Son chiffre d’affaires annuel a baissé de 8 %, à 8,5 milliards d’euros, et son résultat opérationnel courant, de 12 %, passant de 28,1 à 26,8 % du chiffre d’affaires, soit encore mieux (ou plutôt moins mauvais) que la projection qu’il avait déjà améliorée cet été. Le résultat net a fondu de 77 %, à 329 millions d’euros, soit 1,1 milliard en moins que l’exercice précédent. En Europe, la situation a été plus nuancée, avec une baisse des ventes de 5 %, dont - 6 % en France.

« Malgré les difficultés de la consommation hors domicile et des transports, nous avons été surpris par la résistance de la consommation à domicile, raconte Alexandre Ricard, et nous avons maintenu ou augmenté nos parts de marché sur nos dix premiers pays tout en atténuant l’érosion de nos marges ». C’est particulièrement le cas en Europe où le résultat opérationnel courant n’a diminué que de 2 %, avec une marge augmentant même de 23,1 % à 23,9 %. Le fruit du « plan de reconquête » commencé l’an dernier, aboutissant notamment sur la création de l’entité unique Pernod Ricard France au 1er juillet, ainsi que d’une baisse des dépenses publi-promotionnelles (en CHR notamment) de 16 %. Autre élément positif, le groupe remarque la bonne santé de ses marques de spécialités (4 % du CA), en hausse de 7 %, notamment grâce à la dynamique de Lillet en Europe, des tequilas ou du whisky premium, ainsi que la reprise de Malibu (+ 5 % au sein de « marques stratégiques internationales » en baisse de 10 %).

La feuille de route de Pernod Ricard repose sur deux axes : durabilité et responsabilité d’une part, transition numérique d’autre part. Concernant le premier, le groupe travaille sur ses ingrédients « tous issus de la nature » (interdiction du glyphosate dans ses vignobles Martell par exemple) et s’affirme en avance sur ses objectifs en matière de réduction de CO2 ou d’utilisation d’eau. Il a également mis en place des formations en ligne de ses salariés sur la consommation responsable.

Concernant la transition numérique, il s’agit de « créer de nouvelles opportunités en développant de nouveaux canaux de distribution et en interagissant directement avec nos consommateurs : attendez-vous à des investissements là-dessus », prévient Alexandre Ricard. D’autant que depuis le début de la crise, les ventes en ligne – même si elles ne représentent encore que 5 % des activités – ont explosé : + 46 % en Chine, + 56 % en France ou + 130 % sur la place de marché directe du groupe, Drinks & Co, sachant que la vente en ligne « indirecte » accapare 95 % de ce canal.

Par prudence, Pernod Ricard ne délivre aucun objectif chiffré sur son exercice qui vient de commencer. Il compte poursuivre sa stratégie, avec « une gestion disciplinée des coûts », depuis son nouveau siège mondial, « The Island » jouxtant la gare St-Lazare, à Paris, dans une promenade qui va être rebaptisée Cours Paul-Ricard. Après un déménagement accompli en pleine crise, ses sept entités franciliennes y ont été réunies. « C’est le visage du futur Pernod Ricard, une entreprise ouverte sur le monde, le plus beau symbole de la transformation du groupe », s’enthousiasme Alexandre Ricard.

B. Jullien