Dans les 100 milliards d’euros mis sur la table, le plan de relance présenté par le gouvernement, la semaine dernière, comporte un volet « transition agricole, alimentation et forêt » de 1,2 milliard. Il est pour beaucoup focalisé sur l’agriculture : « une France plus forte ne saurait exister sans une agriculture plus forte », justifie Julien Denormandie, le nouveau ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation.

Concernant l’agroalimentaire, on remarque toutefois les 100 millions d’euros alloués au plan protéine, en partie à destination de l’alimentation humaine. En outre, une campagne grand public sera lancée, pour dix millions, afin de faire connaître les métiers de la filière, notamment ceux de la transformation, et ses besoins en recrutement. Notons également un plan de modernisation des abattoirs et des élevages – 250 millions au total, dont 130 pour les abattoirs – afin de renforcer la prévention des crises sanitaires et le bien-être animal.

Devant être mises en place dans les deux ans qui suivront le début de l’année prochaine, ces enveloppes viennent s’ajouter aux mesures déjà prévues dans le budget de l’État ou la Politique agricole commune, précise le ministre. « Et il s’agit d’un plan d’investissement », ajoute-t-il, « en dehors des dispositifs de soutien aux entreprises qui ont déjà été installés ».

Par ailleurs, outre les mesures transversales également prévues par ce plan de relance au-delà de ce volet spécifique (renforcement des fonds propres, aides à l’embauche des jeunes et des handicapés, etc.), l’agroalimentaire pourra profiter du PIA (Programme d’investissements d’avenir), des PAT (Projets alimentaires territoriaux), du fonds de relocalisation en faveur des secteurs stratégiques, de la baisse des impôts pesant sur la production (CVAE, Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises)…

« La chaîne alimentaire a tenu durant la crise. Mais cette crise a apporté des leçons multiples à l’agroalimentaire. Cela nécessite encore plus d’accompagner les transitions de ce secteur d’excellence, explique Julien Denormandie. La souveraineté et l’indépendance alimentaires de la France en deviennent un enjeu d’autant plus crucial ».

Ces annonces ont généralement été accueillies favorablement par les organisations de la filière. La FNSEA se félicite notamment de « moyens fléchés vers les exploitations agricoles, leur amont et leur aval ». « Nous avions besoin d’un plan de sortie de crise ; celui-ci y répond en grande partie », résume, pour sa part, Coop de France, qui alerte toutefois sur l’après-crise : « La France pourrait connaître la fin de son excédent commercial agricole dès 2023 », s’inquiète Dominique Chargé, son président.

L’Ania se réjouit encore « de la reconnaissance du secteur agroalimentaire comme stratégique ». La priorité donnée aux transitions écologique et numérique permettra aux entreprises agroalimentaires « d’accélérer la modernisation de leur process, d’augmenter leurs investissements pour répondre aux exigences environnementales au service d’une alimentation de qualité, plus sûre, plus durable, accessible à tous ». Même « l’incitation donnée aux circuits courts, à l’indépendance protéinique, à la relocalisation potentielle de certaines productions, correspond à l’engagement du secteur agroalimentaire de travailler sur le temps long, main dans la main avec l’amont agricole comme l’aval de la distribution ».

De son côté, la Feef, dont 42 % des membres auraient eu recours au PGE (Prêt garanti par l’État), rappelle par la voix de son président, Dominique Amirault, que « les PME françaises fournisseurs de la distribution assurent déjà le maillage industriel des territoires » et renouvelle de ce fait ses revendications sur une réforme « en profondeur » de la fiscalité, l’harmonisation des relations industrie-commerce, la fin des distorsions de concurrence ou la conciliation entre développement et transition écologique.

B. J.

Voir aussi : Le volet « Transition agricole, alimentation et forêt » du plan de relance