En 2019, une bonne partie de l’attention a été accaparée par les relations industrie-commerce et l’application de la loi EGalim, entrée en vigueur un peu tardivement. Les effets de cette dernière n’ont pas été à la hauteur des résultats escomptés et 2020 constituera sa véritable épreuve du feu. De fait, les tensions commerciales n’ont pas diminué bien que des accords, surtout dans les produits laitiers, aient marqué quelques avancées des distributeurs en matière contractuelle.

Ces derniers ont eu à affronter une recrudescence des sanctions à leur égard : Leclerc notamment, ainsi que son ex-centrale européenne Eurelec, Intermarché également, ainsi que l’alliance qu’il avait un temps élaboré avec Casino. Notons toutefois que le groupe d’indépendants a été blanchi par la justice de la fameuse assignation Novelli, tandis que Leclerc conteste la décision de la Commission européenne. Plus généralement, les parts de marché des groupes indépendants ne cessent de progresser alors que les groupes intégrés – Carrefour, Casino ou Auchan – se retrouvent en difficultés, les obligeant à des restructurations plus ou moins drastiques.

Certains secteurs de l’industrie agroalimentaire ont également renoué avec les restructurations. Cela a surtout été le cas de l’industrie sucrière avec Saint Louis Sucre et Cristal Union qui ont décidé chacun de fermer deux usines : la conjoncture sucrière semble depuis un peu plus favorable. Mais cela l’a aussi été pour d’autres entreprises comme Savencia avec l’annonce de trois fermetures de sites, Elivia, de deux, ou Delpierre, d’une. Dans le petfood, Nestlé Purina Petcare ou Neovia ont décidé des baisses d’effectifs non négligeables.

Si les difficultés du marché intérieur ont globalement perduré, le commerce extérieur a retrouvé une meilleure tendance. En 2018, les exportations agroalimentaires n’avaient progressé que d’un petit 0,1 %, entraînant une baisse de l’excédent français de 5,1 %. Sur les six premiers mois de l’année 2019, les exportations reprenaient 2,5 %, redressant le solde commercial agroalimentaire de 10,3 %. Les vins et spiritueux restent de loin la principale force hexagonale. Le secteur porcin a retrouvé une position excédentaire grâce à l’impact de la peste porcine africaine sur les importations chinoises. Mais de nombreuses filières demeurent dans une situation préoccupante.

En dehors des contraintes économiques, l’agroalimentaire français entre progressivement dans ce qu’il est désormais convenu d’appeler « la transition alimentaire », souvent sous l’impulsion de la grande distribution qui y voit son avenir commercial. Outre l’essor continu du marché bio qui dépasse les 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires, la vogue végétale est devenue une véritable vague. Le Nutri-Score s’est installé dans le paysage et, déjà, d’autres indications s’invitent sur les étiquettes, à commencer par celle de l’origine, mais également concernant le bien-être animal ou la durée de pâturage. Tandis que, avec Carrefour et Nestlé notamment, la blockchain apparaît dans le paysage.

Les fameuses « attentes sociétales » trouvent de plus en plus leur répercussion dans la construction des lois. La lutte contre le gaspillage est désormais une cause entendue et pourrait remettre en cause le dispositif actuel des dates de péremption. Le plastique est de plus en plus montré du doigt, le recyclage n’étant plus jugé suffisant par beaucoup qui lui préféreraient soit son arrêt pur et simple, soit le retour de la bonne vieille consigne pour permettre la réutilisation des emballages. Enfin, la stigmatisation des « substances controversées » ne faiblit pas : après les OGM, les antibiotiques ou les résidus de pesticides, les nitrites deviennent une grosse épine dans le pied des charcutiers. Déjà, certains d’entre eux développent des produits qui promettent d’en être exempts…

B. J.