Après avoir subi une chute de sa rentabilité (Ebitda) de 44 % l’an dernier, Auchan Retail France veut faire de son redressement « une priorité 2019 ». Entamant une démarche baptisée « Renaissance », le groupe entend notamment s’attaquer à ses foyers de perte. Première conséquence, il va céder 21 de ses sites hexagonaux. Seul, un hypermarché est – pour l’instant – concerné, à Villetaneuse, en Seine-Saint-Denis. Mais treize supermarchés vont également chercher preneur, ainsi que quatre chronodrives, deux Halles d’Auchan ainsi qu’un centre de préparation Auchandirect à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône.

Quelques jours après, c’est Carrefour qui annonçait un plan de 3 000 départs volontaires dans le cadre de la rupture conventionnelle collective, ainsi que des préretraites. Ce sont essentiellement les univers non alimentaires qui seront touchés dans 46 des 191 hypermarchés du groupe en France.

Devant réduire drastiquement son endettement, le groupe Casino a déjà procédé à la cession de nombreux points de vente : six hypers à Leclerc, deux à Intermarché, 33 supers à Lidl, sans compter la vente de 125 murs de commerce. Et une cinquantaine de ventes de magasins seraient encore dans les tuyaux.

Les industriels agroalimentaires ne sont donc pas les seuls à pâtir de la conjoncture morose, d’autant que le parc commercial français a sans doute dépassé en maints endroits la saturation en termes de mètres carrés. Le non-alimentaire reste le talon d’Achille de la distribution, qui doit, par ailleurs, investir dans le digital pour se convertir à la fameuse omnicanalité.

Michel-Édouard Leclerc n’a pas manqué de relever que ces difficultés semblaient réservées à ses concurrents intégrés. « Ce n’est pas parce des hypermarchés, aujourd’hui jugés trop grands et inadaptés, sont fermés que chacune de ces enseignes est en péril, note-t-il sur son blog. À l’heure où les demandes sociales s’expriment prioritairement sur le pouvoir d’achat, comment ne pas voir que les enseignes les plus chères sont celles qui souffrent le plus ? Oui, désolé, la politique de prix, plus encore que les formats ou la proximité, reste un critère majeur de la performance commerciale. C’est incroyable qu’il faille le rappeler. »

Il est vrai que les indépendants (Leclerc, Intermarché, Système U) tirent leur épingle du jeu, avec Lidl, dans l’évolution des parts de marché mesurée par Kantar Worldpanel. Mais il n’est pas certain qu’ils n’aient pas, un jour, à passer à leur tour par la case restructuration.

B. Jullien