La hausse brutale des ventes en GMS a-t-elle été bénéfique pour les PME ?

Dominique Amirault : Nous avons certes reçu un afflux de commandes quand les consommateurs ont voulu constituer des réserves, avant tout sur les produits de premières nécessités. Certaines PME produisant ces derniers en ont profité, d’autant que leur agilité permet une plus grande réactivité. Mais la tendance la plus caractéristique pour les PME, c’est l’appauvrissement de l’assortiment qui se produit à leur détriment. Les enseignes privilégient les 20-80, ce qui favorise les marques à forts volumes et pénalise les marques à petites rotations. Ce phénomène est aggravé par le fait que les grands groupes livrent en entrepôt, ce qui leur offre une plus grande capacité à remplir les linéaires. A contrario, bon nombre de PME livrent les magasins en direct et éprouvent des difficultés à renouveler leurs stocks car, pour des raisons sanitaires plus ou moins justifiées, elles ont un accès très réduit aux magasins. L’interdiction d’accès des merchandisers aux magasins n’a donc rien arrangé, alors qu’ils n’ont pas le même rôle que les commerciaux. Certaines enseignes organisent davantage de moments d’intervention en rayon mais, généralement, ce sont les plus gros intervenants qui en profitent.

Ce contexte est-il dangereux pour les PME ?

Dominique Amirault : Cet appauvrissement engendre une baisse des commandes, donc des encaissements et, finalement, des problèmes de trésorerie. S’y ajoutent les tensions sur le transport ou les lourdeurs pour obtenir des mesures d’urgence comme le chômage partiel. Or nous devons continuer à payer nos salariés et nos fournisseurs. Les banques vont devoir remplir leur rôle pour éviter les défaillances, notamment pour les jeunes entreprises qui n’ont pas encore constitué des réserves financières.

Comment envisagez-vous la suite ?

Dominique Amirault : La grande question est bien sûr de savoir combien de temps va encore durer le confinement ? J’aurais préféré qu’on nous annonce tout de suite sa durée maximale afin de nous garantir une meilleure visibilité. L’appareil de production devra réamorcer son fonctionnement en sortie de crise et notre mission va être de contribuer à la relocalisation de la production, sans tomber dans le protectionnisme bien sûr. Tout le monde semble tomber d’accord pour offrir une alimentation de qualité en quantité suffisante. Mais, en réalité, les intérêts des multinationales sont très différents.

Des leçons à tirer de cette crise ?

Dominique Amirault : Nous serons obligés de revoir notre façon de produire en France tout en menant une sensibilisation et une éducation des consommateurs. On va réapprendre à être moins dans l’excès consumériste mais à se tourner, au contraire, vers une consommation plus raisonnée, retrouver une forme de sobriété. Les marques PME françaises, authentiques et responsables, y auront un grand rôle à jouer.

Propos recueillis par Benoît Jullien

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