La seconde campagne sucrière sans quotas s’est déroulée avec une stabilisation des surfaces cultivées à 483 000 hectares, après la forte hausse rencontrée par les groupes sucriers l’année précédente pour célébrer la libéralisation du marché. Mais les conditions climatiques difficiles (excès de pluie au moment des semis, sécheresse ensuite, auxquels s’ajoute une généralisation de la cercosporiose) ont fortement pénalisé les rendements betteraviers, en sorte que la production française de sucre devrait passer de 6,5 à 5,3 millions de tonnes. Alors que les cours mondiaux ne parviennent pas encore à se redresser, les exportations françaises devraient chuter de plus de moitié, pour revenir à peu près à leur niveau antérieur. Conséquence, la prochaine campagne semble s’inscrire à la baisse, les plus optimistes évoquant un - 5 % de surfaces, les plus pessimistes estimant qu’elle pourrait atteindre - 15 %.

Dans ce contexte de crise où la filière découvre les affres de la volatilité, les groupes sucriers qui avaient audacieusement parié sur la fin des quotas se retrouvent en effet dans une situation difficile. Tereos vient ainsi d’annoncer des résultats semestriels (avril à septembre 2018) en forte baisse, malgré les effets de ses diversifications : avec un chiffre d’affaires en diminution de 9 %, son Ebitda fond de 51 % à taux de change constants et son résultat net plonge dans le rouge. Le groupe coopératif affronte de plus une crise de gouvernance après l’exclusion, cet été, de trois de ses élus historiques qui s’étaient montrés trop critiques avec son management.

De son côté, Cristal Union résiste aux avances diverses de ce grand frère encombrant qui, après avoir été éconduit lors de sa proposition d’alliance, aurait tenté de lui ravir des adhérents. Mais le groupe se trouve face à une situation analogue qui devra le conduire à des choix stratégiques de grande ampleur. Enfin, Saint-Louis Sucre, filiale de l’allemand Südzucker, a vu sa politique de prix fortement critiquée par les betteraviers, la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves) demandant au gouvernement un décret les autorisant à se constituer en organisation de producteurs.

Car pour s’adapter à cette nouvelle donne, la filière n’a pas terminé sa mue. « Nous devons constituer une filière très réactive aux signaux du marché », résume Pierre Rayé, directeur général de la CGB, qui propose de limiter les surfaces betteravières à 400 000 hectares quand le marché mondial se montre peu propice, pour les élever à 500 000 quand il s’avère vraiment accueillant. Alors que les rendements sucriers risquent encore de baisser avec l’interdiction de néonicotinoïdes, y compris pour les traitements de semences betteravières, « nous traversons une crise grave et sans précédent, reconnaît Éric Lainé, son président, mais nous portons des solutions durables ».

Benoît Jullien