« La crise est-elle encore devant nous ou déjà presque derrière nous ? » s’interroge Franck Sander, président de la CGB (Confédération générale des planteurs de betteraves). Après une précédente campagne sucrière calamiteuse, celle qui est en train de s’achever marque, si ce n’est une franche amélioration, en tout cas une stabilisation de la conjoncture. Les résultats semestriels de Tereos en ont, à leur manière, témoigné.

Malgré une baisse des surfaces de 6 % à 451 000 hectares, la durée de campagne dans les sucreries s’est maintenue à 113 jours. Toujours pénalisés par le climat, les rendements se sont très légèrement redressés à 85,5 tonnes à l’hectare. Résultat : la production de sucre hexagonale devrait s’établir à 5 millions de tonnes. En outre, le marché mondial étant redevenu déficitaire, les cours amorcent une inversion de tendance qui peut permettre d’espérer un rebond.

« Le pire est derrière nous », veut croire Pierre Rayé, directeur général de la CGB. Mais cette campagne restera une année de transition, ne serait-ce que parce que les trois industriels français doivent éponger les pertes enregistrées l’an passé. Südzucker a imposé la fermeture de deux usines Saint-Louis Sucre, Cristal Union a également programmé deux arrêts puis fait appel au concours d’Unigrains. Tereos vient de voir sa note financière abaissée par S & P Global Rating.

« La France doit rester le leader européen du sucre », affirme Franck Sander. La CGB a participé à l’élaboration du plan de filière présenté récemment par l’interprofession (AIBS). Outre de nécessaires travaux sur les compétitivités amont et aval, elle préconise – pour le moment un peu seule – la promotion du sucre « made in France ». En outre, elle entend aussi profiter des avantages de la betterave en tant que « pompe à carbone » qui pourrait être valorisée dans le « Green deal » (pacte vert) présenté par la nouvelle Commission européenne.

Mais après deux campagnes éprouvantes, la filière sucre a besoin de panser ses plaies. Les planteurs attendent que les sucriers leur apportent une meilleure visibilité sur les prix, qu’ils s’agissent des deux groupes coopératifs, Tereos et Cristal Union, que du groupe privé Saint-Louis Sucre pour lequel – manifestement à son grand déplaisir – deux Organisations de producteurs viennent d’être constituées.

Benoît Jullien

(en photo : usine Tereos de Bucy-le-Long (02) © Michel Blossier)