Alors que la collecte laitière a progressé de 3,3 % depuis le début de l’année, la Fédération nationale des producteurs de lait a demandé à la Commission européenne de prendre des mesures pour limiter la production : déblocage des aides au stockage privé, et autorisation de mettre en place un fonds de solidarité de dix millions d’euros pour « indemniser tout éleveur dans son effort de limitation de production ». N’ayant pas reçu de réponse pour l’instant, la FNPL en appelle à la mise en place d’un dispositif collectif permettant de maintenir le revenu des éleveurs qui accepteront de modérer techniquement leur production (tarissement anticipé des vaches, modification de leur alimentation). Objectif : éviter un engorgement des usines dès ce mois d’avril, favorisé par la mise à l’herbe printanière des troupeaux, alors que les cours pourraient parallèlement amorcer une forte baisse.

Lactalis a d’ailleurs écrit à ses producteurs dans ce sens : « Nous constatons une contraction de certains de nos débouchés », évoquant à la fois la restauration, les marchés traditionnels ou l’export. « Avec une forte baisse de la valorisation des laits d’excédents proches de 290 euros les mille litres […], nous ne sommes pas en mesure de garantir que nous pourrons absorber l’ensemble du lait dans les semaines à venir ». Le numéro un laitier en appelle donc également à la modération, estimant ses sites proches de la saturation et devant, de surcroît, y gérer « l’augmentation de l’absentéisme ». Il en appelle à « un engagement partenarial solide » avec les organisations de producteurs.

Ce type de négociations semble bloquer, justement, du côté de Savencia. Sunlait s’insurge contre le choix du groupe fromager de fixer unilatéralement, et à la baisse, le prix du lait : « Une diminution de volume ne devrait pas impliquer de baisse de prix », estime l’association des organisations de producteurs du groupe qui propose, au contraire, « une compensation financière à la réduction de volume, comme cela a déjà été fait par le passé ». Une première illustration de la seconde phase de la crise du coronavirus : après la crainte de la pénurie, la menace du trop-plein.