Les coopératives agricoles ont créé près de 12 500 emplois l’an dernier, saisonniers compris. Pourtant, l’ex-Coop de France, devenue La Coopération Agricole, insiste sur ses difficultés de recrutement. Dominique Chargé, qui en est président depuis un an, répète le chiffre de 20 000 emplois à pourvoir dans l’agroalimentaire en général : « L’inadéquation entre les compétences disponibles et les besoins des entreprises risque de devenir un facteur limitant pour la pérennité de nos activités », s’inquiète-t-il.

« Nous devons mieux valoriser notre présence territoriale pour accompagner la transition générationnelle ». Outre le renouvellement des générations au sein des exploitations agricoles – « qu’il faut assurer en favorisant le choix coopératif » –, des efforts vont être développés dans l’enseignement, l’apprentissage et la formation afin de faciliter les recrutements salariés. La Coopération Agricole réfléchit d’ailleurs au lancement d’une marque employeur spécifique aux coopératives. Dominique Chargé estime également que la faible attractivité des zones où se trouvent les usines de transformation pèse lourdement dans ces difficultés : « Nous devons également travailler avec les collectivités locales pour améliorer l’environnement social de nos sites, en matière d’école, de santé, de transport, de culture… ».

À cette question s’ajoute celle de la compétitivité, « la grande oubliée des EGA », selon lui. Avec l’Ania et la FNSEA, La Coopération Agricole entend participer au Pacte productif lancé par Bercy. Parmi ses ambitions pour 2020, elle veut renforcer, notamment avec ses instances régionales, sa présence sur « tous » les marchés, « du local à l’international », visant notamment la RHD, les PAI et, bien sûr, l’export.

Le périmètre du secteur coopératif agricole et agroalimentaire est resté stable en 2019, avec 85,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 190 000 salariés. Il a légèrement augmenté de 751 millions d’euros sur les onze premiers mois de l’année, avec 31 opérations de croissance externe lui apportant 762 millions, auxquels doivent être retranchés 11 millions de cessions. C’est toutefois mieux qu’en 2018, où il avait perdu 1,5 milliard d’euros. Parmi les opérations les plus importantes, l’acquisition des activités malt de Cargill par Axéréal (Boortmalt), auxquelles s’ajoutent quelques acquisitions de moindre importance.

Enfin, « 2020 sera l’heure de vérité de la loi EGalim », rappelle Dominique Chargé. « Une revalorisation globale des tarifs, en incluant les MDD dans les négociations, est nécessaire pour rémunérer les agriculteurs tout en accompagnant la montée en gamme. » Il s’apprête à participer à une seconde réunion du comité de suivi des négociations commerciales : « On observe certes une amélioration des comportements, mais dans des logiques toujours empreintes de guerre de prix. Et s’il y a du mieux parfois, c’est bien la preuve que cela est possible plus généralement ».

B. Jullien