RIA : Que représente aujourd’hui le réseau des Banques Alimentaires ?

Jacques Bailet : C’est le premier réseau national d’aide alimentaire, avec 108 entrepôts logistiques parfaitement équipés. Les Banques Alimentaires collectent chaque année plus de 110 000 tonnes de denrées, qu’elles redistribuent à 5 400 associations et Centres communaux d’action sociale (CCAS), partout sur le territoire national. Ces dons proviennent des particuliers qui se mobilisent lors de notre journée de collecte, des programmes européens d’aide alimentaire ainsi que des grandes surfaces, agriculteurs et industriels de l’agroalimentaire.

RIA : Disposez-vous de suffisamment de denrées à distribuer ?

J. B. : Par rapport à l’équilibre nutritionnel que nous voulons assurer à nos 2 millions de bénéficiaires, nous accusons un déficit en protéines animales, notamment en steaks hachés et poissons surgelés, en conserves de viande mais aussi en huile, café, sucre et lait. Avec 2 millions de litres de lait collectés par an, nous ne pouvons assurer les besoins de nos bénéficiaires que durant une dizaine de jours environ. C’est pourquoi je tiens à rappeler que les dons aux Banques Alimentaires bénéficient d’un avantage fiscal substantiel, qui permet à tout industriel, en plus d’effectuer un geste de générosité, de déduire 60 % de la valeur de ce don de son impôt sur les sociétés. Nous venons d’ailleurs de signer avec l’Ania, la « charte des entreprises alimentaires pour que chacun puisse manger à sa faim ». L’idée est de faire de la pédagogie, afin que chacun soit conscient des possibilités de dons qui lui sont offertes.

RIA : Je crois que vous manquez également de bénévoles…

J. B. : Les principes fondateurs de notre projet sont le don, la gratuité et le bénévolat. Les Banques Alimentaires sont gérées par 6 500 bénévoles, aux commandes, et 500 salariés. Aussi, sommes-nous toujours en demande de bénévoles, ex-professionnels des filières alimentaires, susceptibles de nous aider dans des opérations de tri, de prospection de potentiels donateurs, de formation de nos bénévoles et salariés à l’hygiène et à la sécurité sanitaire, ou encore de conducteurs de camions.

RIA : Quelles conséquences a eu l’affaire dite des « faux steaks hachés » ?

J. B. : En premier lieu, nous n’avons pas pu distribuer les 350 tonnes, c’est-à-dire 3,5 millions de steaks hachés, comme cela était prévu. Les autres préjudices ont été logistiques et pécuniaires. De par le contentieux initié, nous avons dû louer des frigos pour assurer notre mission tout en conservant pour la Justice les marchandises incriminées. Heureusement, depuis un mois, grâce à l’intervention de la secrétaire d’État Christelle Dubos, nous avons obtenu que ces steaks soient regroupés en dix points de stockage­ et pris en charge par l’État.

RIA : Quels enseignements tirez-vous de cet incident ?

J. B. : Je souscris totalement aux recommandations du rapport d’information du Sénat. À savoir, la nécessité de muscler les appels d’offres afin de pouvoir offrir aux plus démunis une meilleure qualité et une véritable traçabilité des denrées alimentaires. Ainsi, FranceAgriMer, qui réalise les appels d’offres pour le compte de l’État, doit faire en sorte que ses cahiers des charges intègrent davantage les notions de qualité… et pas uniquement de prix. Il est également nécessaire que l’Administration renforce les contrôles sur les produits à destination de l’aide alimentaire, notamment en rendant systématiques des visites sur place chez les fabricants des produits les plus sensibles.

Laurent Bénard
Repères
    Les Banques Alimentaires

    Collecte : 110 000 t auprès de particuliers (12 kt), de l’aide européenne (26 kt), des agriculteurs, GMS et industriels (72 kt).

    Bénéficiaires : 2 millions de personnes.

    Logistique : 108 entrepôts, 12 000 m3 de chambres froides, 450 camions.

    Réseau : 5 400 associations et CCAS bénéficiaires, 6 500 bénévoles, 500 salariés.