Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, et Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, ont réuni hier un comité de suivi des négociations commerciales, dans le contexte nouveau de l’application de la loi Egalim. « Bilan nuancé », résume prudemment leur communiqué commun, s’appuyant notamment sur les observations de la DGCCRF. D’un côté, les remontées des filières lait ainsi que fruits et légumes témoignent d’un « état d’esprit constructif dans un climat apaisé ». De l’autre, « des comportements critiquables restent à déplorer », notamment en matière de pénalités logistiques au sujet desquelles la Commission d’examen des pratiques commerciales vient de publier un guide de bonnes pratiques.

Dès le début de la matinée, l’Ania s’inquiétait : « dans les quinze jours, si rien ne change, les états généraux de l’alimentation seront bel et bien enterrés ! Loin des beaux discours, la réalité des box cette année s’avère aussi terrible que les années précédentes. » C’est le constat de 96 % des 450 entreprises ayant remonté leurs observations à son observatoire, avec par exemple 77 % de demandes de baisses de prix systématiques. L’Ilec renchérissait dans la foulée : « les demandes des distributeurs restent largement déflationnistes, faisant obstruction au principe même de revalorisation ». Et Coop de France, malgré une modération apparente, enfonçait le clou, plus de la moitié des coopératives interrogées se plaignant de menaces de déréférencement partiel ou total.

Les distributeurs vivent manifestement une autre expérience. Selon le propre observatoire de la FCD, les industriels ont en moyenne réclamé une hausse de prix de 4 % : « inacceptable pour le pouvoir d’achat ». Et la fédération de mettre en avant les contrats passés entre distributeurs et industriels laitiers pour illustrer l’instauration de l’esprit des EGA. De fait, après Intermarché avec Bel ou Leclerc avec Danone, le jour même, Carrefour et Système U, via leur centrale Envergure, annonçaient quatre signatures avec Lactalis, Sodiaal, Yoplait et Laïta. Et Leclerc, à nouveau, signait avec Lactalis.

Ces contrats risquent d’être « des arbres qui cachent la forêt », craint l’Ilec tout en s’en réjouissant. D’ailleurs, la FCD elle-même regrette que ces progrès ne se produisent pas ailleurs, notamment dans la viande. Et d’asséner : « il est temps que tous les transformateurs appliquent la lettre et l’esprit des états généraux de l’alimentation ». Selon la lettre de la loi, les distributeurs sont aussi toutefois suspectés de contournement, le gouvernement s’inquiétant de la juste application des seuils limites de promotions. Quant au redressement du SRP, il a, selon Nielsen, engendré une inflation de 4,2 % sur les cent références les plus vendues en hypermarchés et de 3,1 % en supermarchés entre le 26 janvier et le 9 février.

Prochaine réunion du comité prévue début avril… mais on entendra parler relations commerciales avant.

B. J.