Comment votre secteur a-t-il traversé la crise du Covid-19 ?

Lors de notre réunion annuelle de juin 2019, nous avions alerté la grande distribution sur un ralentissement de la croissance de notre marché. Cette tendance s’est poursuivie sur l’été et, malgré une petite reprise en fin d’année, notre évolution annuelle était passée sous la barre de 1 % à la fin de la deuxième période 2020. Puis est venue la crise du Covid, qui nous a bousculés, comme tout le monde. Durant le confinement, l’ensemble de nos marchés est passé à près de - 11 %. Certaines catégories en ont plutôt profité, comme le traiteur de la mer qui était en négatif avant et qui est passé à + 8,5 % pendant. Mais globalement, si 20 % des consommateurs ont augmenté leurs achats de produits traiteurs, 32 % les ont réduits voire arrêtés, au profit des préparations réalisées à domicile. 93 % des Français ont alors pris deux repas à domicile par jour, soit 29 points de plus qu’auparavant.

Est-ce inquiétant pour le traiteur frais ?

Au-delà de ces phénomènes ponctuels, nous faisons face également à quelques freins structurels : le coût de nos produits, pour ceux qui sont dans une situation économique difficile, ou le fait que notre offre soit parfois jugée comme trop transformée. C’est pourquoi nous avions défini l’an dernier une nouvelle feuille de route. Nous devons poursuivre l’amélioration de nos recettes et de la préparation de nos produits. Nous avons également engagé d’importants efforts en matière d’emballage. Un bon tiers de nos adhérents mène déjà un programme pour développer des conditionnements écoresponsables. La crise a temporairement stoppé ces efforts mais ils ont repris depuis.

Le traiteur frais est-il parvenu à une certaine maturité ou garde-t-il du potentiel ?

L’une des forces de ce marché, c’est qu’il se remet tout le temps en question car il doit constamment être dans l’innovation. Il sait créer rapidement des nouveaux produits à partir d’une analyse très réactive de la consommation. Le snacking, qui a été fortement touché par la crise, est déjà reparti en conquête. C’est pourquoi nous avons demandé à IRI une étude que nous présentons aujourd’hui, pour faire un premier bilan post-Covid. Nous reviendrons sans doute avec une seconde analyse en septembre, lorsqu’on aura un meilleur recul sur l’après-déconfinement et, aussi, la manière dont se sera passé l’été.

Votre politique a-t-elle changé ?

Nous avons déterminé quatre axes : innover et mettre l’innovation en valeur, capter des parts de marché sur la restauration, améliorer la perception des progrès que nous réalisons et prendre en compte la dimension économique en favorisant le caractère abordable de nos produits. Cela ne doit pas nous empêcher de proposer une offre plus large car on constate déjà que la sensibilité des consommateurs à l’innovation est repartie à la hausse : 80 % des shoppers déclarent souhaiter un choix plus varié qu’avant la crise. Cela encourage nos réflexions pour développer plus de produits locaux, bio, végétaux. Mais aussi des produits présentant des prix attractifs, notamment avec des grands formats pour les familles.

Quelles sont les principales raisons de votre départ de l’Ania ?

Nous avions annoncé notre démission au début du mois de décembre ; cette décision n’a donc rien à voir avec la conjoncture. Nous l’avons mise en œuvre, bien que nous ayons collaboré avec l’Ania durant la crise, lors de laquelle elle a d’ailleurs pu faire un bon travail. Mais sa gouvernance nous pose problème et nous ne nous sentons pas représentés dans nos métiers. Selon nous, le rôle de l’Ania est de favoriser un tissu agroalimentaire français ancré dans nos régions. Nous poursuivrons nos discussions avec l’Ania. Mais l’Adepale, notre fédération, va mettre en place une organisation alternative pour reprendre en main et défendre nos dossiers.

Propos recueillis par Benoît Jullien