Michel-Édouard Leclerc avait tardé à réagir à propos des travaux des états généraux de l'alimentation. Trop, peut-être, puisqu'il a dû, de son propre aveu, « sortir de ses gonds » en s'apercevant que le relèvement du seuil de revente à perte (SRP) était sérieusement envisagé (voir RIA News n° 675). Évoquant des hausses de 5 à 15 %, il s'est insurgé contre la forme d'entente qui unirait le reste de la filière pour relancer l'inflation « sur le dos des consommateurs ».

Et de clamer sur une page de publicité : « Des industriels, avec la complicité de quelques distributeurs, ont scellé un pacte pour faire augmenter en magasin jusqu'à 15 % les prix de milliers de produits de consommation courante. C'est du délire ! (...) Qui peut croire une seule seconde qu'en augmentant les prix de l'Ariel, l'Evian, la Ricoré ou même l'Actimel, on va améliorer le revenu des paysans français ? »

Il n'est pas si isolé puisque l'UFC-Que Choisir apporte de l'eau à son moulin en estimant à 1,4 milliard d'euros le coût de cette mesure pour les ménages, alors que « le bénéfice pour les producteurs est plus qu'incertain ». La Feef s'en inquiète également, estimant qu'elle « risque de fragiliser les PME françaises » par « un mécanisme trop indirect et trop complexe » qui réduirait la largeur de gamme de ces dernières.

Mais Michel-Édouard Leclerc ne veut pas non plus se laisser enfermer dans cette posture. Leclerc présentait hier les premiers résultats de son Observatoire des nouvelles consommations. « Je ne suis pas partisan de la guerre des prix, résume-t-il, mais je revendique notre combat pour le pouvoir d'achat et l'accessibilité. » Ce qui n'empêche pas, selon lui, de « s'imprégner de nouveaux modèles de consommation qui pourront créer des poches de valeur contribuant à la rémunération des agriculteurs ».

Alors que son enseigne s'est imposée comme le leader de la distribution alimentaire française, le mouvement s'attache à « retravailler une promesse sociétale qu'on ne peut résumer à un slogan ». Préparant un grand congrès en 2020, il compte redéfinir « sa charte de valeurs et ses engagements ». Citant souvent la menace d'Amazon, le patron du groupement d'indépendants reconnaît que « le distributeur ne peut plus être seulement un simple offreur de produits ».

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