Bien qu’elle n’ait pas véritablement apporté d’information nouvelle, l’audition d’Emmanuel Besnier devant la commission d’enquête parlementaire chargée de tirer les enseignements de l’affaire Lactalis était en soi un événement. Ses avocats n’étaient pas parvenus à obtenir la suspension des travaux de cette commission, craignant leurs répercussions sur l’enquête judiciaire en cours.

« Oui, nous avons failli à notre mission », a confessé Emmanuel Besnier, renouvelant ses excuses aux familles des victimes mais précisant qu’il « ne s’agissait pas d’une fraude » et estimant que son groupe avait, à chaque instant, pris « les mesures nécessaires ». Assumant une discrétion « liée à ma personnalité », il a nié les accusations d’opacité qui pèsent sur son groupe, affirmant que « les suspicions ne correspondaient pas à la réalité ».

Après s’être plaint que le patron de Lactalis ait tenté de « torpiller » la commission, son président, Christian Hutin, l’a invité, ainsi que les collaborateurs qui l’accompagnaient, à « plus de sincérité », tandis qu’Emmanuel Besnier s’était engagé dans la lecture d’une longue note, d’autres membres de la commission manifestant un vif agacement devant ces « éléments de langage ».

Les débats ont alors notamment porté sur la cause originelle de la libération des salmonelles durant les travaux menés dans la tour T1, et les contrôles qui ont suivi, ou sur le rôle des laboratoires d’analyse. À ce sujet, Lactalis a informé qu’il aurait désormais recours systématiquement à deux laboratoires dans les tests menés dans ses usines. La commission a justement pour but de remettre un rapport, rédigé par Grégory Besson-Moreau, qui pourrait aboutir à une nouvelle loi. Celle-ci pourrait ainsi préconiser le renforcement des contrôles, voire la pénalisation des responsables industriels.

Finalement, Emmanuel Besnier ne s’est pas mal tiré de cette épreuve, son manque d’aisance ou quelques maladresses ne pouvant être cette fois attribués à une véritable mauvaise volonté. C’était d’ailleurs un peu le sens de la conclusion de Christian Hutin : « de temps en temps, il faut savoir forcer sa nature, Monsieur le président » lui conseillait-il en conclusion, s’adressant à lui « en toute cordialité ».

Vidéo de l’audition d’Emmanuel Besnier devant la commission d’enquête parlementaire