C’est avec une rare unanimité que les syndicats agricoles ont dénoncé l’accord de libéralisation entre l’Union européenne et les pays du Mercosur – Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay – qui va, selon eux, « sacrifier » les paysans français. S’il est ratifié, cet accord, qui concernera 780 millions d’habitants, prévoit la suppression durant dix ans des droits de douane sur 91 % des produits exportés vers le Mercosur et sur 92 % des produits importés par l’Europe. L’UE verra ses vins, chocolats, biscuits, malt et boissons non alcoolisées bénéficier d’une réduction de droits de 16 à 35 %, selon les produits. Les indus­triels laitiers européens disposeront de contingents d’exportation à droit nul pour 30 000 t de fromage, 10 000 t de poudre de lait et 5 000 t de poudre infantile, avec une montée en puissance du dispositif tout au long de sa durée.

Là où le bât blesse, c’est sur les viandes, le sucre et le volet sanitaire. Dans un marché déjà difficile, les éleveurs voient comme une provocation l’ouverture, durant six ans, d’un quota de 99 000 t de viande bovine à 7,5 % de droits de douane – contre 40 % actuellement – à des pays dont les coûts et normes de production sont bien inférieurs aux leurs. Il en va de même pour le quota à droit nul de 180 000 t de viande de volaille qui, selon Anvol, « enterre » son plan de filière. Autre point d’achoppement : le contrôle de la qualité. Les pays du Mercosur – gros utilisateurs d’antibiotiques activateurs de croissance – sont censés attester que les denrées qu’ils exporteront vers l’UE répondent à ses standards. Or les visites de parlementaires au Brésil ont prouvé que la traçabilité en viande bovine n’y est pas assurée. De quelle garantie disposeront les consommateurs euro­péens sur ces produits importés ?