Pour se « réinventer », Danone choisit une « nouvelle organisation plus locale » et entame au passage un plan de restructuration. Il avait déjà ouvert cette voie le mois dernier mais amplifie encore la stratégie qu’il avait alors annoncée pour s’adapter au « monde Covid ». « Le paradigme qui est indéniablement le plus accéléré par la pandémie est celui du local », explique Emmanuel Faber, son PDG.

Ce plan, intitulé « Local first » visera à redonner de l’autonomie aux forces présentes sur le terrain qui ne seront plus « inféodées » à une organisation mondiale par catégorie. Par exemple, il ne faudra plus que deux instances pour décider d’investissements contre cinq aujourd’hui, ainsi que deux pour la gestion d’une marque comme Activia au lieu de quatre. Résultat : « nous allons transformer en profondeur le rôle de nos sièges », annonce le groupe.

Cette « simplification » des fonctions communes conduira à la suppression de 1 500 à 2 000 postes (sur 100 000 salariés au total), dont 400 à 500 en France où le siège mondial parisien devrait être regroupé avec celui de Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, dans lequel Danone est en train de transférer ses équipes françaises. Emmanuel Faber a d’ailleurs précisé que ces suppressions de postes, sans plan social estime-t-il, concerneraient surtout le management.

De ce fait notamment, Danone engage un plan d’économies chiffré à un milliard d’euros à partir de 2023, dont 300 millions sur les coûts industriels ou logistiques et 700 sur les frais généraux. Il précise que les dépenses exceptionnelles liées à la mise en place de cette nouvelle organisation devraient être de l’ordre de 1,4 milliard pour la période 2021-2023. Objectif : retrouver son niveau de marge opérationnelle d’avant le Covid, supérieur à 15 %, en 2022, après l’avoir rétabli à 14 % en 2021.

Les syndicats ont immédiatement protesté contre ces mesures touchant l’emploi, alors que Danone - devenue entreprise à mission - a versé 1,5 milliard d’euros de dividendes pour l’exercice 2019 à ses actionnaires. « La CFDT imaginait et espérait que les actionnaires du groupe Danone étaient à l’image de l’entreprise qui porte des valeurs sociales de haut niveau », observe la FGA-CFDT. Précisant que le groupe a bénéficié du chômage partiel permis lors du second confinement, la FGTA-FO enfonce le clou : « si les actionnaires avaient renoncé à une partie de leurs dividendes, ce plan n’existerait pas ».

Pour Emmanuel Faber, il s’agit surtout de retrouver une croissance rentable tout en protégeant le groupe d’autres crises qui pourraient succéder à celle du coronavirus. Après un recul des ventes de 5,4 % sur les neuf premiers mois de l’année, Danone subit également une baisse significative de son cours de Bourse qui, après avoir dépassé les 80 euros fin août 2019, se retrouve à peine au-dessus des 50 euros actuellement. Ce qui fait ressurgir le spectre de l’OPA et va sans doute également susciter, après la sortie récente de Yakult, des cessions d’actifs prochainement.

B. Jullien