Le groupe coopératif Cooperl (2,4 Mds€ de CA, 7 200 salariés) clame son innocence et dénonce sa mise en cause dans l’affaire dite du « Cartel du jambon », pour laquelle l’Autorité de la concurrence lui a infligé une amende de 35,5 M€ en juillet dernier et exigible à la fin de ce mois d’octobre. Le groupe coopératif déclare que, selon les conclusions d’une contre-expertise, le carnet d’appels téléphoniques remis à l’Autorité en gage de clémence par la société Aoste, filiale de Campofrio, serait un faux « fabriqué de toutes pièces ».

Voir aussi : Cartel du jambon : 93 M€ de sanctions

Selon cette contre-expertise – réalisée à la demande de Cooperl et de Brocéliande – et dont les résultats ont été présentés à la presse par le groupe breton lors d’une conférence ce mardi, « les comptes rendus des appels auraient été rédigés dans un laps de temps relativement court, et non sur le vif, directement au moment des appels téléphoniques, comme l’affirme le principal accusateur ». Emmanuel Commault, DG de Cooperl, se déclare donc « victime d’une instrumentalisation de la procédure de clémence ». Annonçant avoir déposé une plainte pour faux, usage de faux, dénonciation calomnieuse et escroquerie au jugement contre Campofrio et son directeur commercial MDD, Cooperl s’étonne « de sa condamnation avant même que cette affaire ne soit jugée ».

Le groupe breton a également dénoncé, lors de cette conférence de presse, « la faiblesse des autres pièces d’accusation », seulement des relevés d’appels téléphoniques passés de « standard à standard ».

Risque de cessation de paiement ?

Sur le plan économique, Emmanuel Commault se déclare d’autant plus inquiet pour l’avenir de son groupe que le paiement de cette amende de 35,5 M€ pourrait remettre en cause les montants garantis par son assurance-crédit. « Nos assureurs pourraient réduire de 50 % nos en-cours couverts, ce qui se traduirait immédiatement par un besoin de trésorerie supplémentaire de 100 M€. De quoi placer le groupe en cessation de paiement ».

Il ajoute : « Si nous sommes condamnés sur la base d’un faux, nous nous sentirions libérés de l’engagement pris vis-à-vis de l’État pour maintenir emplois et sites, lors de la reprise de Brocéliande en 2009, puis du groupe Financière Turenne Lafayette en 2017 ».

Enfin, le directeur général prévient qu’un plan de restructuration massif est « presque prêt », prévoyant un gel des recrutements et des investissements, une baisse des salaires et même la fermeture d’au moins deux des douze sites de son pôle charcutier (900 M€ de CA, 2 500 salariés). « Nous avons investi 150 M€ en dix ans pour repositionner les quatre sites de Brocéliande vers le haut de gamme, et nous sommes au milieu d’un second plan de 150 M€ pour le retournement d’ici à 2023 des huit usines du pôle repris à Financière Turenne Lafayette. Cette restructuration casserait la dynamique vertueuse de notre vision stratégique construite sur le long terme ».

Bercy veut préserver l’activité et l’emploi

Par un communiqué en date du 21 octobre, Bercy rappelle que : « le groupe Cooperl Arc Atlantique est un groupe français d’importance pour la filière porcine et le territoire breton. Les services de l’État sont donc particulièrement vigilants à sa situation financière et mobilisés depuis cet été pour que l’ensemble des partenaires financiers du groupe maintiennent leurs engagements ».

Le ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance précise également que « par une décision du 16 juillet 2020, l’Autorité de la concurrence a condamné les sociétés Cooperl Arc Atlantique et Brocéliande à des sanctions pécuniaires pour un montant total de 35,5 millions d’euros pour des faits d’entente entre juillet 2010 et juin 2012 et que les deux sociétés ont interjeté appel de cette décision fin septembre dernier. Dans l’attente du jugement au fond, Cooperl Arc Atlantique et Brocéliande entendent déposer une requête auprès du premier président de la Cour d’appel de Paris afin d’obtenir le sursis à l’exécution de la décision de l’Autorité de la concurrence, l’autorité judiciaire étant seule compétente pour suspendre l’exécution de la sanction ».

Aussi, selon Bercy : « À défaut de décision de sursis à exécution, les services compétents de la Direction générale des Finances publiques en engageront l’exécution, dans des conditions de délai compatibles avec la capacité de remboursement du groupe Cooperl Arc Atlantique afin que l’amende ne représente pas un risque pour l’activité du groupe et l’emploi de ses salariés ».

F. B. et L. B.

N. B. : Par le passé, Bercy n’avait pas hésité à contredire l’Autorité de la concurrence en autorisant le rachat sans condition de William Saurin par Cofigeo pour préserver l’emploi.