La crise du Covid-19 a sans doute fortement contribué à ralentir le rythme des fusions-acquisitions dans l’agroalimentaire français en 2020. L’année précédente, RIA News avait distingué une quarantaine d’opérations, portant sur près de 3,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires (*). L’an dernier, l’on n’en a dénombré qu’une bonne vingtaine, représentant moins de 2,7 milliards.

En chiffres d’affaires cumulés, les acquisitions majeures (plus de 100 millions d’euros) ont fondu quasiment de moitié. Et encore, celles de Biscuit International (500 millions), par le fonds Platinum Equity, et de Fruité (200 millions) par Refresco étaient déjà sur les rails en 2019. Quant à celle de Ronsard (160 millions) par LDC, elle reste toujours soumise à l’approbation de l’Autorité de la concurrence.

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On assiste également à une diminution analogue des opérations de taille intermédiaire (supérieure à 10 millions), dont le nombre est passé de 18 à 9.

- Boisset – Moncigale (72,2 millions)
- Agrial – Phare Ouest (26 millions)
- Wessanen – Danival (21,4 millions)
- BIP Capital Partners – La Romainville (20 millions)
- Solexia – Allier Volailles (14,2 millions)
- Haudecoeur – Palais Impérial (14 millions)
- LSDH – C’zon (13 millions)
- Feyel & Artzner – La Ferme du Puntoun (12 millions)
- Aymard – Charles Bourdeau (10,2 millions)

S’il est stable, globalement, le développement international des entreprises agroalimentaires françaises aura été essentiellement marqué par la reprise par Lactalis des activités fromagères de Kraft aux États-Unis (1,5 milliard). Le groupe mayennais reste toujours l’un des seuls à se montrer très actif hors de France. On peut noter également le rachat du belge Alysse Food (38 millions) par Pâtisseries Gourmandes (Norac), ou de l’allemand Little Lunch (16 millions) par Wessanen, ce dernier – devenu entre-temps Ecotone – étant clairement français depuis sa reprise par PAI Partners et l’installation de son siège à Saint-Genis-Laval, dans le Rhône.

À l’exception d’Agrial (Phare Ouest), aucune opération de croissance externe notable n’aura été menée en 2020 par des groupes coopératifs agroalimentaires français.

En revanche, les fonds se sont montrés beaucoup plus actifs, à l’image de PAI Partners (via Refresco ou Ecotone). Et ce sans compter leurs entrées en tant que minoritaires dans Ogeu, Soreal-Ilou, Brasserie du Mont-Blanc ou L’Angélys. Au titre des participations minoritaires, on remarque également la montée de Nicot Meunerie dans les Moulins Decollogne, de Terres du Sud dans Antarctic Foods Aquitaine, d’Intersnack dans Nataïs ou de Galapagos dans Biscuits Fossier.

Mais la suspension de la reprise de la Brasserie Licorne par UI Gestion, reportée à des jours meilleurs, signale que d’autres opérations ont probablement été ajournées. Les difficultés que vont rencontrer certaines entreprises encourageront-elles les rapprochements ? En 2021, on attend la cession de Yoplait par General Mills et la concrétisation des ambitions affichées par 2MX Organic, la nouvelle société fondée par Moez-Alexandre Zouari, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, précisément pour procéder à des acquisitions de grande ampleur.

B. J.

* Les chiffres d’affaires mentionnés sont le dernier montant connu, ou estimé, au moment de l’annonce de l’opération.