En 2019, Agrial a franchi la barre des six milliards d’euros, avec un chiffre d’affaires de 6,1 milliards en hausse de 4,3 % : 2,4 % proviennent d’acquisitions réalisées en 2018 et 1,9 % de la croissance interne. La branche lait, 2,5 milliards, a profité de l’intégration complète de l’allemand Rotkäppchen, la branche boissons, 365 millions, de celle du cider britannique Aston Manor, tandis que les légumes restent stables (1,4 milliard), de même que l’activité viandes (487 millions). Cette dernière profitera des rachats de Sibert et de La Bresse effectués en 2019. Par ailleurs, le groupe a redressé son excédent brut d’exploitation à 226 millions et son résultat net est resté stable, à 52,1 millions.

Naturellement, 2020 s’annonce différemment. Le chiffre d’affaires agroalimentaire du groupe coopératif (4,75 milliards en 2019) a diminué de 7 % entre mars et juin. Malgré la hausse enregistrée en GMS (+ 7 % en France qui représente 29 % de cette activité et + 5 % ailleurs, 17 %), les ventes ont chuté de 35 % en restauration (21 %) et de 10 % pour le BtoB et l’export (33 %). En outre, les surcoûts liés aux dépenses de sécurité et au ralentissement des cadences ont engendré une baisse de 20 % de la rentabilité.

« Nous avons pris des mesures pour diminuer nos charges fixes », explique Ludovic Spiers, directeur général. Ayant atteint 120 millions d’euros l’an dernier, « notre programme d’investissements va être réduit de 25 à 30 % sur cet exercice pour être reporté en partie et nous allons aussi réduire les embauches ». Cela ne concernera bien sûr pas la reconstruction de l’usine de Luçon, en Vendée, récemment annoncée, ni, sans doute, la reconstruction d’une tour de séchage à Herbignac, en Loire-Atlantique, qui est à l’étude.

Autant dire que l’heure n’est pas vraiment aux opérations de croissance externe dont le groupe coopératif est habituellement friand : « avec la crise, nous avons laissé ces dossiers de côté et nous allons rester prudents. En revanche, aucun plan de restructuration n’est envisagé dans nos outils. Nous avons pu en donner l’assurance à nos syndicats. Agrial dispose d’une solidité suffisante pour sortir de la crise. »

Voir aussi l’interview de Ludovic Spiers, directeur général d’Agrial réalisée en avril dernier.

Le précédent exercice a notamment été marqué par le développement de la gamme Agrilogique en légumes ou le succès du lancement de la marque « Les 300 & bio » en ultrafrais. Celui en cours va notamment consacrer le passage de l’intégralité de la gamme de cidres Écusson en bio. Et la marque Grand Fermage, présente en beurre, va être déployée ailleurs : « nous voulons en faire notre grande marque qui porte nos produits à base de lait de vache », résume Arnaud Degoulet, président d’Agrial. Avec 55 marques (Florette, Soignon…) représentant 34 % du chiffre d’affaires agroalimentaire du groupe, « les marques sont un levier essentiel à notre création de valeur », affirme-t-il.

B. Jullien