Pour l’agroalimentaire, les premiers effets du coronavirus se sont fait sentir dès la mi-février 2020 avec le démarrage des premiers achats de précautions. Si, après quelques ruptures impressionnantes, le risque de pénurie a été assez rapidement écarté, la mise en place du premier confinement a profondément modifié les circuits d’approvisionnement des consommateurs : essor des magasins de proximité et du drive, fermeture de la restauration commerciale et d’une majeure partie de la restauration collective (peu à peu relayées par de la vente à emporter), contraction du commerce extérieur…

Suivis d’un déconfinement puis d’un second confinement, ces effets ont eu des conséquences contrastées sur les entreprises. Celles dont le mix produit est porté par la grande distribution ont pu profiter du report de la consommation sur les ventes de détail. Certaines catégories de produits ont même connu un véritable regain, à commencer par l’épicerie – conserves, notamment – ou les surgelés. Mais beaucoup ont dû supporter une baisse de leur chiffre d’affaires dont on ne connaît pas encore véritablement l’ampleur, ni l’impact sur la rentabilité déjà faible du secteur.

De nombreux groupes ont suspendu leurs objectifs, attendant 2021 pour statuer sur leur stratégie d’investissement. Déjà, Danone a décidé d’un programme de restructuration pour dégager un milliard d’euros d’économies. Le plan de relance annoncé par le gouvernement succédant aux mesures d’aides pour soutenir les entreprises en difficulté suffira-t-il à éviter d’autres décisions drastiques ? Rien n’est moins sûr alors qu’à cette heure, la sortie de la crise n’est pas encore envisageable, nonobstant le démarrage – poussif en France – de la campagne de vaccination.

Dans ce contexte pour le moins incertain – d’autant qu’on le qualifiait déjà de tel auparavant –, nombre d’observateurs estiment pourtant que les tendances qui émergeaient précédemment n’en sortent que renforcées. De fait, on assiste à une montée en puissance de thèmes qui s’étaient déjà installés dans le paysage alimentaire : le local, le bio, la qualité nutritionnelle – le Nutri-Score s’impose, au point que Nestlé et quelques autres voudraient maintenant le rendre obligatoire – le souci de l’environnement, en particulier sur les questions d’emballage, la chasse au gaspillage alimentaire, avec l’essor du vrac, le bien-être animal… et, bien sûr, le végétal, qui est le grand phénomène du moment.

Les acteurs qui s’emparent de ces enjeux espèrent sans doute y trouver des relais de croissance. Mais ces derniers devront compenser une aggravation des contraintes économiques pour plusieurs mois au moins. On reparle de la guerre des prix et, malgré une légère amélioration au troisième trimestre, l’excédent commercial agroalimentaire a chuté de 25,8 % sur les neuf premiers mois de l’année, avec une baisse de 6,4 % des exportations, plombées notamment par les vins et spiritueux. Difficile de positiver complètement !

Benoît Jullien